Toulouse – Théâtre du Capitole jusqu’au 30 avril 2013
DON PASQUALE de Gaetano Donizetti
En truculence et sensibilité, Don Pasquale revient au Capitole après 22 ans d’absence
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- 22 avril 2013
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- Opéra & Classique
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Après 22 ans d’absence, Don Pasquale, le dernier opéra bouffe du prolifique Gaetano Donizetti de Bergame, revient au Capitole du Toulouse avec son joyeux jeu de dupes aux relents de commedia dell’arte. A l’opposé de ce qui avait été proposé en février 2012 au Théâtre des Champs Elysées à Paris où Denis Podalydès avait transformé le riche septuagénaire Don Pasquale en forain trimballant sa roulotte, (voir WT du 23 février 2012), le metteur en scène Stéphane Roche, a délibérément tourné le dos aux transferts rocambolesques, en se contentant de situer les cascades de quiproquos dans une Italie plus proche de nous (les années 60 du 20ème siècle). L’action comme les personnages supportent allègrement ce petit saut dans le temps.
Lorsque ce Don Pasquale vit le jour en 1843 au Théâtre Italien de Paris, la ville où Donizetti avait élu domicile depuis cinq ans, le genre « bouffe », un style inauguré par Pergolesi, en vogue au 18ème siècle s’était fait quelque peu oublié dans le bouillonnement nouveau du romantisme et du patriotisme, des grands sentiments et des grandes causes. Mais Donizetti qui s’y était rallié notamment avec sa Lucia di Lammermoor, restait attaché aux codes et aux figures de la comédie à l’italienne. Ainsi les protagonistes de son 68ème opéra ont gardé les archétypes de Pantalone, Pierrot et Colombine. Le thème du barbon qui veut épouser une jeunette flotte dans l’air du temps, de l’Ecole des Femmes de Molière au Barbier de Séville de Beaumarchais.
Sur ce schéma Don Pasquale fier de son grand âge et de sa grande fortune cherche une âme sœur de quelques générations sa cadette. Norina jeune veuve serait, selon ses appétits, l’épouse idéale. Mais Norina aime Ernesto, le neveu de l’ardent géronte et celui-ci veut le marier à une bonne fortune. Le docteur Malatesta a heureusement des tas de tours dans son sac à malices. Il organise un faux mariage entre le vieillard et la donzelle qu’il fait passer pour sa sœur, et celle-ci aussitôt lui pique un maximum de sous et autres biens. Et quand le bon vieux se rebiffe, elle lui flanque une baffe ! C’est cruel et moqueur à la fois. Malatesta et Norina sont en réalité des fieffés voyous, rusés jusqu’à la moelle qui font tout pour berner le vieux plein aux as. Mais c’est pour la bonne cause : l’amour ! Alors les embrouillaminis se culbutent les uns les autres pour au final insuffler sagesse à l’âge et bonheur à la jeunesse.
C’est composé avec brio, légèreté, rapidité. La légende prétend que tout fut bouclé en onze jours. La vérité tend à rallonger ce temps de travail à trois mois. Une partition où se faufilent les allusions à La favorite ou à l’Elixir d’amour, les autocitations étaient autrefois monnaie courante.
Stéphane Roche, homme de théâtre et de musique, qui fut l’assistant de nombreux maîtres de la scène lyrique (Kokkos, Lavelli, Marthaler, Nicolas Joël dont il a assuré des reprises), signe ici sa première réalisation à part entière. Avec un mélange de réserve et de fantaisie, ainsi qu’une attention diligente à la direction d’acteurs. Les décors de Bruno de Lavenère chevauchent entre deux générations qui se découvrent au gré d’une muraille pivotante. D’un côté un intérieur bourgeois cossu, avec colonnades, mezzanine et lustres - le logis du vieux qui donne des ordres à un brave domestique muet – et, de l’autre des façades tantôt colorées de figures géométrique, tantôt envahie de publicités, une Ferrari écarlate et l’affiche de la Dolce Vita de Fellini. Un vélo, une Vespa-Lambretta, un crayon géant descendant des cintres, un arbre sans feuillage, une balançoire en plastique, des voyous en perruques bleues... En quelque sorte un bric-à-brac hétéroclite jailli des années 50/60 dont on pourrait faire un inventaire à la Prévert.
Belles figures, belles voix : dans le rôle titre la basse italienne Roberto Scandiuzzi, belcantiste chevronné au timbre noble campe un vieillard encore vert qui s’en laisse compter avec une bonhommie attendrissante, Malatesta le manipulateur malin trouve en Dario Solari, baryton un porte-parole en verve, Jennifer Black prête sa jolie frimousse, son jeu ardent d’actrice, ses aigus voltigeurs et ses rondeurs à une Norina pétillante, les trois grands airs d’Ernesto, l’amoureux timide, s’envolent en clarté et souplesse du gosier argentin de Juan Francisco Gatell, jeune ténor aux allures d’ado enjôleur. Au début du deuxième acte, la trompette solo de René-Gilles Rousselot illustre à merveille son lamento.
Après une ouverture enjouée, Paolo Olmi dirige l’Orchestre national du Capitole avec un brin de nonchalance où le panache de Donizetti ne retrouve pas toujours ses étincelles et ses chatoiements.
Don Pasquale de Gaetano Donizetti, livret de Michele Accorsi, Orchestre National du Capitole, direction Paolo Olmi, chœur du Capitole direction Alfonso Caiani, mise en scène Stéphane Roche, décors Bruno de Lavenère, costumes Coralie Sanvoisin, lumières Guido Levi, chorégraphie Laurence Fanon. Avec Roberto Scandiuzzi, Dario Solari, Juan Francisco Gatell, Jennifer Black, Bruno Vincent.
Toulouse – Théâtre du Capitole les 19, 23, 26, 30 avril à 20h, les 21 et 28 à 15h
05 61 63 13 13 – www.theatre-du-capitole.fr
Photos Patrice Nin








