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Critiques / Théâtre

D’elle à lui par Emeline Bayart

par Gilles Costaz

Chansons graves et chansons lestes

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Emeline Bayart chante beaucoup. Elle hante souvent à Paris un caf’conç qui s’appelle le Kibélé et donne des récitals un peu partout dans le paysage français. Mais elle est d’abord une comédienne, ce qui donne à ses tours de chant une intensité, une force de frappe que n’ont pas toujours les chanteuses formées dans le sérail musical. D’où l’invitation que lui a faite Jean-Michel Ribes, pour une série de soirées avec piano et pianiste au Rond-Point. Emeline Bayart joue la femme telle que la représente la chanson et, pour cela, n’emprunte pas la voie royale. Elle passe par la chanson des rues et, si elle va jusqu’à Barbara (Les Amis de Monsieur) et Juliette, elle prend plutôt ses quartiers dans les années 1900, avec Yvette Guilbert (Madame Arthur) notamment, et dans l’entre-deux-guerres, avec tout ce répertoire aux signatures oubliées, coquin, leste, parfois un peu crapuleux où la femme-objet se détache du carcan machiste où on l’enferme, si l’on sait faire flamber ses révoltes et ses détresses.
Belle de nuit, roulure de jour, idiote de passage, maîtresse femme, maîtresse tout court, génie de l’amour, compagne délaissée, jeune fille au seuil du mariage, chair qu’on prend dans les chambres ou les antichambres, fille des rues, bourgeoise rangée : Emeline incarne tous ces personnages à travers des œuvres souvent composées dans des beuglants sans souci de postérité : Il s’appelait Oscar Elle s’appelait Irma, Quand on vous aime comme ça, Quand on fait le même chemin, J’ai fumé de la naphtaline, Madame Boudin et Monsieur Bouton
Cheveux d’or hérissés en flambeau, robe noire décolletée, talons hauts, Emeline Bayart s’assoit ou se couche sur le piano, se referme en tournant le dos, marche parmi le public, s’adresse aux spectateurs, mais sans exagérer dans la loufoquerie. C’est l’état d’âme qui compte et s’impose dans sa voix, doux ou violent, égaré ou lucide, grave ou gouailleur, jusqu’à ce que les notes se prolongent cristallines et émues. Le pianiste, Manuel Peskine, donne de la virtuosité et de l’humour aux rengaines à deux sous. Emeline Bayart parcourt la nuit des femmes et le lointain du music-hall pour les faire vivre au présent, le temps d’un récital brûlant, d’une photographie au flash de l’amour d’hier. Comme la photo est bonne ! aurait pu dire Barbara. C’est même tout un film.

D’elle à lui, conception et interprétation d’Emeline Bayart, avec, au piano Manuel Peskine (ou Fred Parker). Lumières d’Olivier Oudiou.

Théâtre du Rond-Point, 20 h 30 jusqu’au 4 février. (Durée : 1 h 10).tel. 01 44 95 98 21

Photo Caroline Moreau.

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