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Critiques / Opéra & Classique

Connaissez-vous Paolo Lorenzani ?

par Christian Wasselin

Eh oui, l’opéra du temps de Louis XIV ne se résume pas à Lully. Une équipe de valeureux interprètes québécois nous révèle une délicieuse pastorale de Paolo Lorenzani, compositeur romain qui fit un détour par Fontainebleau.

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PAOLO LORENZANI FAIT PARTIE DE CES MUSICIENS, nombreux au XVIIe et au XVIIIe siècle, qui ont parcouru l’Europe et ont fait leur miel de tous les styles qui fécondaient cette époque. Né à Rome en 1640, enfant de chœur au Vatican, maître de chapelle à la cathédrale de Messine, il parvient à faire représenter à Fontainebleau en septembre 1681, devant Louis XIV et sa cour, et après bien des péripéties, une pastorale italienne intitulée Nicandro e Fileno, composée sur un livret du neveu de Mazarin. Mais les cabales et les intrigues ont raison du crédit de Lorenzani qui regagne Rome en 1695 où il meurt dix-huit ans plus tard.

Lorenzani a bien sûr été victime de l’influence de Lully, à qui Louis XIV avait confié le soin d’inventer l’opéra en langue française (avec la complicité du poète Philippe Quinault) : une pastorale italienne, malgré la bienveillance du roi, ne pouvait qu’être tolérée. Grain de sable dans la belle mécanique lullyste, Lorenzani ? D’une certaine manière, oui, et c’est la raison pour laquelle il est instructif (et plaisant) de découvrir Nicandro e Filena, fringant ouvrage qui met en scène deux pères de famille qui, pour agrémenter leurs vieux jours, conviennent d’épouser chacun la fille de l’autre. Rien, bien sûr, ne se déroule comme ils l’espèrent, les enfants jouent les rebelles, mais à la fin tout est bien qui finit bien.

Pétulante ironie

La distribution ici réunie rend justice à un ouvrage léger, plein d’allant, avec ce petit rien d’amertume qui en fait autre chose qu’une machine à situations. Un Lorenzo Da Ponte s’en souviendra au moment d’élaborer le scénario de Cosi fan tutte. Avec aussi ces souvenirs de Monteverdi comme en témoigne, par exemple, le bref duo entre Lidio et Clori au premier acte.

L’intrigue a beau mettre en scène deux héros sur le retour, les protagonistes nous rappellent qu’il n’est pas nécessaire d’avoir la voix tremblotante et le timbre usé pour incarner un vieillard qui se persuade qu’il est encore jeune : ainsi, on apprécie le charme de Nils Brown (Nicandro) et la faconde de Jean-Marc Salzmann (Fileno), aussi à l’aise chez Bizet que dans le répertoire baroque. Le piquant de Suzie Leblanc (Filli), l’art de la feinte et du second degré qui imprègne l’art de Pascale Beaudin (Clori) nous réjouissent tout autant. Philippe Gagné (Lidio) et Dominic Côté (Eurillo) complètent une équipe qui s’amuse autant à bien chanter qu’à bien jouer.

Au pupitre, Francis Colpron met beaucoup de couleur et de chaleur dans sa manière d’emmener les personnages au bout de leurs champêtres et sémillantes passions.

Lorenzani : Nicandro e Fileno. Nils Brown, Jean-Marc Salzmann, Suzie LeBlanc, Pascale Beaudin, Philippe Gagné, Dominique Côté. Les Boréades de Montréal, dir. Francis Colpron ; 1 CD Atma classique ACD2 2770.

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