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Critiques / Théâtre

Choisir de vivre de Mathilde Daudet

par Gilles Costaz

Etre soi-même : de Thierry à Mathilde

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Mathilde Daudet a dévoilé une part de son existence dans un livre qui a eu un certain retentissement, Choisir de vivre. Son histoire est donc déjà assez connue : née homme sous le prénom de Thierry, Mathilde a vécu longtemps sous son apparence masculine ; elle a été reporter de guerre, caméra à l’épaule, et s’est marié, devenant père de deux enfants. Mais elle se savait femme et, à 60 ans, a pris la décision de se faire opérer pour devenir totalement un être du « deuxième sexe ». Les médecins français voulant la traiter de manière psychiatrique, elle est partie à Bangkok. L’opération, douloureuse, s’est bien passée. De retour en France, elle a obtenu de la Sécurité sociale que son changement de sexe soit attesté sur ses papiers. Elle vit à présent en accord avec elle-même.
Franck Berthier a entrepris de faire de ce témoignage un un objet théâtral à la forme insolite, qui viendrait frapper dans l’air du temps et secouer les conventions entourant le débat sur le genre et les transgenres. C’est audacieux, et à la hauteur de l’audace. Berthier a choisi une actrice, Nathalie Mann, et non pas un homme. On est ainsi dans un autre processus que la féminisation d’un acteur. La femme est déjà là, à la première minute, dans le corps qui apparaît. Elle n’a pas à naître. Elle n’a qu’à aller vers elle-même.
Le décor est fermé par un panneau où tout peut s’imprimer ou s’imaginer : la croix de la souffrance (Mathilde rejette le Dieu qu’on lui a enseigné), la blancheur de l’hôpital, des images diverses, les chiffres du temps qui tourne et même à l’acte de castration… Au sol, du plastique froissé et mis en boules (ce n’est peut-être pas ce qui est le plus réussi) où le personnage se roule et se dresse, comme dans un liquide amniotique ou une brume où émerger. Nathalie Mann, dans une combinaison bleu nuit, est à la fois largement vêtue et largement nue : elle est dans le même mouvement une femme mythique et un être douloureux, lancé dans un combat d’une folle difficulté. La voix, grave, se casse ou prend toute sa puissance. Il ne s’agit pas de jouer d’une façon graduée, mais dans les ruptures, les cassures, de passer sans cesse de la défaite à la joie, de l’allégresse au calvaire. C’est une lutte, un corps où l’âme et la chair se brisent et se construisent.
Nathalie Mann, dans un formidable engagement sans pudeur, et Franck Berthier, dans une mise en forme explosive, donnent à la confession de Mathilde Daudet un envol tout à fait bouleversant.

Choisir de vivre de Mathilde Daudet (éditions Carnetnord), adaptation de Mathilde Daudet et Franck Berthier, mise en scène de Franck Berthier, lumières de Muriel Dutrievoz, univers sonore de Romain Bernardini, avec Nathalie Mann.

Studio Hébertot, 19 h mardi et mercredi, 19 h 30 dimanche, tél. : 01 42 93 13 04, jusqu’au 15 avril. (Durée : 1 h 20).

Photo Mathilde Daudet.

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