Paris, Vingtième théâtre jusqu’au 31 octobre 2010

Ce qui arrive et ce qu’on attend de Jean-Marie Besset

Une place pour la lune

Ce qui arrive et ce qu'on attend de Jean-Marie Besset

En 1993, la pièce de Jean-Marie Besset Ce qui arrive et ce qu’on attend faisait à peu près l’effet d’une bombe. Elle obtenait le prix du Syndicat de la critique, avant de faire une carrière à l’étranger : Londres, New York, etc. Après Patrice Kerbrat qui avait porté la création jusqu’au triomphe, Arnaud Denis met en scène ce texte qui place la réalité politique et humaine dans un cadre légèrement fantaisiste. Toute l’intrigue tourne autour d’un concours d’architecture organisée par un ministère français : qui imaginera le meilleur bâtiment à construire sur la lune ? Pour l’emporter dans cette compétition à la subvention, c’est la guerre, l’empoignade, les coups tordus. D’une part, certain architecte n’hésite pas à espionner et à copier l’un de ses confrères. D’autre part, la représentante du ministère pipe les dés avec son favoritisme : elle privilégie les architectes qui la troussent sur son bureau !
Mais l’œuvre de Besset n’est pas seulement une satire et le tableau d’un affrontement typique de la société d’aujourd’hui. C’est aussi un tableau amoureux : l’un des architectes mariés a eu autrefois une liaison avec un homme qui joue un rôle important au ministère. La dualité de la sexualité et le poids de la mémoire jouent un rôle de moins en moins souterrain dans cette course à la réussite sociale et personnelle.

C’est sans doute la meilleure pièce de Jean-Marie Besset. Arnaud Denis la monte dans un cadre plus abstrait que Kerbrat, et de manière plus coupante. Le décor est fait de cubes et de masses bleu nuit. Les acteurs semblent parfois sortir des ténèbres. La mise en scène imprime ainsi sa rigueur et son austérité. Seule, Virginie Pradal, en conseillère du ministre libidineuse, joue dans la truculence, excellemment. Les autres interprètes sont tendus, secrets, félins : Adrien Melin, Jonathan Max-Bernard, Jean-Pierre-Leroux, Blanche Leleu. Avec eux, Arnaud Denis réussit une très belle composition : un homme machiavélique qui observe et mène un jeu troublant. Si l’on peut émettre des réserves sur la dernière scène qui prend là un caractère un peu solennel avec son hiératisme et ses effets de fumigène, l’ensemble est d’une force rare. Glacé et fascinant. Une nouvelle étape impressionnante dans la jeune carrière montante d’Arnaud Denis, passé avec aisance des classiques (Scapin, Les Femmes savantes) au moderne.

Ce qui arrive et ce qu’on attend de Jean-Marie Besset, mise en scène d’Arnaud Denis, décor d’Edouard Laug, lumières de Laurent Béal, création d’Elodie Maillard, avec Virginie Pradal, Arnaud Denis, Blanche Leleu, Adrien Melin, Jonathan Max-Bernard, Niels Adjiman et Jean-Pierre Leroux. Vingtième Théâtre, tél. : 01 43 66 01 13, jusqu’au 31 octobre (1 h 45).

Crédit : Photo Lot

A propos de l'auteur
Gilles Costaz
Gilles Costaz

Journaliste et auteur de théâtre, longtemps président du Syndicat de la critique, il a collaboré à de nombreux journaux, des « Echos » à « Paris-Match ». Il participe à l’émission de Jérôme Garcin « Le Masque et la Plume » sur France-Inter...

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