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Critiques / Théâtre

Causer d’amour de Yannick Jaulin

par Gilles Costaz

Le blues de l’homme esseulé

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Yannick Jaulin, deuxième ! Clap de fin. Pas de fin de carrière, mais de fin d’amour. Dans ce second spectacle — quelle santé ! deux nouvelles créations en même temps ! — (voir l’article de Corinne Denailles à propos de Ma langue française va mourir et j’ai du mal à parler d’amour), Causer d’amour, l’auteur-comédien-chanteur – ajoutons danseur, pendant que nous y sommes – parle de lui-même plus que d’ordinaire. Et sa « parlange » vendéenne court dans le brûlant, l’impudique, le douloureux. Il ouvre la soirée par un aveu : sa femme le quitte. Et ce n’est pas le premier échec. La femme d’avant était partie elle aussi. Comment comprendre, s’expliquer à soi-même et dire aux autres ?
On imagine bien que Jaulin n’opte pas pour la psy genre show télévisé pour ménagères. Lutin vêtu de noir, avec la chemise blanche ouverte des soirs de fête qui finissent dans la gueule de bois, il parcourt la campagne. C’est-à-dire qu’il se balade dans la société paysanne, celle d’aujourd’hui, celle d’hier, celle des mythes d’avant et après Jésus-Christ. Tous les couples y sont beaux, un moment. Des photos de duos heureux s’affichent sur le cadre central. Mais, pas plus qu’à la ville, on ne sait aimer dans les chambres des champs. La loi, c’est être un « couple inoxydable », ou une paire de séparés réprouvés. Jaulin saute du coq à l’âne, il sait qu’il est les deux, et, heureusement, bien plus d’animaux que cela. Il s’envole avec les oiseaux et voit bien que ça cloche un peu partout. Il ne chante pas « Il n’y a pas d’amour heureux » d’Aragon mais des chants populaires, dont un troublant récit chanté de l’histoire de Barbe bleue.

C’est un saut dans la comète de nos souvenirs, de nos tabous, de nos échecs, de nos rêves, de nos mensonges et de nos mentir-vrais. Cela grince, c’est noir. Ce qui manque, c’est la solution. Yannick Jaulin passera sur un autre versant une autre fois. Dans ce spectacle qui est aussi une réflexion sur le langage, il est audacieux et plus bouleversant qu’amusant. On retrouve parfois le Jaulin de J’ai pas fermé l’œil de la nuit, où il hantait les cimetières Il a fait appel à un metteur en scène, Philippe Delaigue, qui l’a dirigé comme un naufragé défiant le tangage de son radeau. Jaulin, en conséquence, investit la scène comme un boxeur sonné qui retrouve les moyens du combat et un équilibre dansant sur le ring. Delaigue l’a placé entre deux musiciens qui le surplombent depuis des niches surélevées à cour et à jardin, Morgane Houdemont et Joachim Florent. Ces joueurs de violon et contrebasse interviennent en respirations, rarement sur le texte, dans un contraste où leurs compositions célestes viennent contrebalancer le parler terrien, terrestre et sombre du conteur. On sent que ce blues de l’homme esseulé est sans doute un premier chapitre, que le spectacle est une étape qui en prépare une autre. Cet aveu et la manière de le porter sont infiniment poignants.

Causer d’amour de et par Yannick Jaulin, collaboration à l’écriture Valérie Puech et Marie-Odile Sansault, mise en scène de Philippe Delaigue, accompagnement musical et composition de Morgane Houdemont et Joachim Florent, scénographie Alain Burkarth, constructeur : Vincent Gadras, lumières de Guillaume Suzenet et Fabrice Vétault, son de Fabien Girard et Jean-Bertrand André.

A Paris, aux Bouffes du Nord jusqu’au 26 octobre du jeudi au samedi à 19h, tél. : 01 46 07 34 50. Puis en tournée. Durée : 1h 20.

Photo Renaud Vezin

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