Accueil > Caroline Alexander, une grande plume

Actualités / Actu

Caroline Alexander, une grande plume

par Gilles Costaz

Une figure marquante de la presse française

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Notre amie Caroline Alexander vient de mourir à Paris, le 3 août, âgée de 85 ans. Nos lecteurs la connaissaient bien : elle anima et dirigea notre rubrique musicale de 2004 à 2018. Au-delà de cette importante collaboration, elle fut une grande figure de la presse française. Sa vie fut une victoire contre le malheur puisqu’elle fut une enfant juive née en Allemagne en 1936, emmenée clandestinement en Belgique en 1939 et cachée pendant la guerre. Sur le site de Webtheatre, elle conte ainsi ses origines et ses débuts, malicieusement, à la troisième personne : « Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage, elle préféra les scènes des théâtres. Y réussit après quelques détours dans les universités et petits métiers. Tomba dans la fosse d’orchestre, y découvrit la musique et en tomba amoureuse. Resta dans la salle et en fit sa résidence secondaire. »
A ses débuts, après des études de droit à l’Université libre de Bruxelles, elle fut un temps actrice. Elle était d’une grande beauté. Mais elle ne se sentait pas tout à fait à sa place sur la scène. Elle préféra le journalisme à partir de 1965 et se consacra au journalisme théâtral. Elle fut le témoin allègre et engagé des révolutions esthétiques des années 70 et 80, et fut, avec Robert Kanters et Mathieu Galey, l’une des grandes plumes de L’Express. Elle était alors l’une des invitées du Masque et la Plume sur France Inter. Après ses années à L’Express, elle continua d’écrire sur le théâtre, surtout aux Echos, mais aussi à bien d’autres publications dont Le Journal du théâtre et Le Journal des spectacles. C’est vers les années 90 qu’elle donna sa préférence à l’opéra et devint prioritairement une critique des événements lyriques, essentiellement pour Webtheatre. D’une activité intense, se déplaçant d’une région à l’autre et même d’un pays à l’autre, elle fut contrainte de renoncer à sa passion pour de graves problèmes de santé à partir de 2018.
Femme brillante, elle écrivait d’une plume brillante. Ses papiers, plus souvent chaleureux que féroces, étaient alertes et colorés. Elle voyait juste, dans un grand bonheur d’expression. C’était, en fait, un écrivain qui publia d’abord des livres de circonstance comme Robert Dhéry raconte Ma vie de branquignol à Caroline Alexander ou Moi Poisson/Sagittaire. Ensuite, dans la dernière partie de sa vie, elle écrivit des ouvrages d’une bouleversante profondeur. Ciel avec trou noir, en 2014, est l’extraordinaire récit, reconstruit en puzzle, de l’enquête qu’elle fit, en compagnie de sa fille Morgane en Allemagne et à Auschwitz sur la mort de ses parents et les réalités de sa naissance et de sa petite enfance. C’est un ouvrage admirable et saisissant, que préfaça Pierre Mertens. Un peu plus tard, en 2018, elle publia son dernier livre, Une vie en miniature, un conte-roman où une femme se transforme en chat à loisir : une facétie délicieuse où se dissimulent des éléments de sa biographie et où transparaît sa passion du théâtre et de l’opéra. Elle fut aussi traductrice, adaptant de l’allemand deux pièces de Schnitzler, dont Les Journalistes qui fut monté à la Colline par Jorge Lavelli.
Nous pensons à ses enfants, Morgane Lombard et Joachim Lombard, et à son compagnon, Raymond Passauro. Puisqu’elle se représenta en félin dans son ultime livre, gardons cette image d’elle : une chatte sur le toit brûlant de la critique.

Photo Presse musicale internationale.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.