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Critiques / Théâtre

Callas de Jean-Yves Picq

par Gilles Costaz

Confessions d’une diva

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Cette pièce, ou plutôt ce texte – car il s’agit d’un long monologue qui n’a jamais été joué dans son entier –, connut un triomphe il y a vingt-cinq ans, dans l’interprétation d’Elisabeth Macocco et une mise en scène de Dominique Tardenois. On l’a oublié depuis, mais ce soliloque écrit par Jean-Yves Picq est bien supérieur à la Master Class que jouèrent plus récemment Fanny Ardant et Marie Laforêt où un auteur américain fait également parler la Callas en s’inspirant de documents réels. Le Français Jean-Yves Picq l’avait précédé et ne s’était pas contenté d’examiner un moment de la vie de la chanteuse, mais avait amassé une invraisemblable quantité d’articles et d’interviews, échelonnés sur une vingtaine d’années, pour retrouver non la voix de scène mais la voix intime de Callas. Il a pu alors faire une belle œuvre de fiction où tout est vrai et où un génie du chant s’exprime à sa hauteur, loin des paparazzi et des midinettes.

Ici, Callas parle peu de sa vie privée. Elle mentionne ses maris mais c’est pour donner des repères et mieux indiquer sa solitude. Elle n’est pas heureuse, la vedette, qui s’adresse à nous, tant elle est perfectionniste et tant elle voit clair dans le jeu intéressé des personnes qui l’entourent. Elle est aussi seule dans la vie que sur scène ! Son existence et son métier sont douloureux, mais rien ne compte plus que de bien chanter, de se donner les moyens d’être parfaite et même la meilleure. Tant pis si on ne la comprend pas. Elle est la première à interpréter d’une voix brisée La Traviata et les mauvais esprits croient qu’elle n’a plus de voix ! Seulement, après elle, plus aucune chanteuse ne chantera l’opéra de Verdi à pleine voix. Devant nous, la diva se souvient de blessures comme celle-là (tous les commentateurs la croyaient finie ! ), se souvient de divers épisodes de ses débuts et de ses périodes de gloire. Elle se rappelle les préceptes qu’elle a édictés elle-même pour elle-même. Orgueilleuse et modeste, telle est l’une des plus grandes chanteuses qui ait jamais existé.


La mise en scène de Jean-Marc Avocat place l’héroïne à la tribune d’une conférence de presse. Derrière une longue table et des micros. Mais tout cela s’efface dans l’obscurité qui encadre le large pinceau lumineux éclairant l’artiste. Les micros ne fonctionnent pas. La voix est nue, ce qui va de soi pour nous faire entendre la Callas. Les cheveux noirs noués en chignon, de longues boucles d’argent aux oreilles, un lourd collier sur la gorge, le corps élégamment sanglé dans un ensemble couleur de nuit, Noémie Bianco s’exprime d’une voix de gorge, grave, ni quotidienne, ni solennelle. Un timbre d’opéra qu’on aurait adapté pour qu’il ait autant de force théâtrale que de fragilité humaine.

L’interprète est jeune, mais, sur scène, elle n’a pas d’âge. Elle est une Callas telle que les générations d’aujourd’hui peuvent l’imaginer, tandis que les photos de la presse d’époque se dissolvent dans le temps qui passe et que la diva se recrée dans l’esprit de ceux qui écoutent ses chants. Cette pureté dans la diction et dans la prise en main du rôle pourrait suffire à nous mener jusqu’au terme de la soirée. Mais la fine mise en scène d’Avocat, qui rend intime un moment public, lumineux, un instant nocturne, opère tout à coup une sorte de traversée du miroir que Noémie Bianco effectue avec classe et sans heurts. Par cette traversée que l’on ne décrira pas, les barrières et les masques se brisent plus encore. Délicatement. Avec Noémie Bianco et Jean-Marc Avocat, voilà une belle renaissance d’un texte et d’un mythe saisi en son point de vérité.

Callas de Jean-Yves Picq, mise en scène de Jean-Marc Avocat. Lumière de Justine Nahon. Avec Noémie Bianco. Studio-Théâtre, Asnières, tél. : 01 47 90 95 93, du 22 au 26 novembre.(Durée : 1 h 25).

photo : Michel Cavalca

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