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Critiques / Musical

Café polisson par Nathalie Joly

par Gilles Costaz

Gloire et misère au café-concert

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Café polisson a été créé au musée d’Orsay, en parallèle avec l’exposition Splendeurs et misères, images de la prostitution, 1850-1910. Il a été un peu exploité depuis, mais moins que les autres récitals de Nathalie Joly, grande interprète du répertoire d’Yvette Guilbert (entre autres). « Nous avons privilégié le répertoire chanté du Second Empire jusqu’à la Belle Epoque, sans nous interdire quelques incursions plus tardives, disent Nathalie Joly et son complice Jacques Verzier à propos de cette création, Il fallait la vocalité des chansons issues de l’opérette, la grivoiserie des chansons paillardes, la jubilation et la truculence des couplets des Diseuses fin de siècle qui ont pu jouer et dire leur envie de liberté, ce qui est rare, avec quelques chansons puisées, à la grande époque des caf’conc’ montmartrois, dans le répertoire d’ Yvette Guilbert que nous explorons depuis dix ans. »
Trouble époque que ces années Maupassant-Lautrec-Proust, ou bien Guilbert-Bruant-Fragson. La femme y est reine, mais dans le rôle de l’obéissante dispensatrice de plaisirs. Les lourds sous-entendus des chansons qui ne peuvent tout dire révèlent un sens de la gaudriole furieusement machiste. Les spectacles de Nathalie Joly sont autant des tableaux d’histoire que des récitals (elle même éclairé l’amitié entre Yvette Guilbert et Freud à partir de document inédits dans une publication qui accompagne l’un de ses disques). Cette fois, c’est un tableau à deux faces qu’elle compose. D’un côté la fête ; de l’autre l’exploitation, la prostitution, la misère. Comme Nathalie Joly chante avec une grande puissance de la voix et du jeu, l’émoton rétro est intense. Mais, dans une soirée qui intègre davantage le jeu théâtral et la force du décor, elle prend, sans détour, vigoureusement, le parti de la femme humiliée. Le bordel, la rue, les arrière-salles ne sont pas des lieux de plaisir pour tout le monde. Mais la beauté du chant charrie tout, tristesse, noblesse, déshonneur…
Café polisson, conception et texte de Nathalie Joly, mise en scène de Jacques Verzier, décor de Jean-Jacques Gernolle, costumes de Claire Risterucci, peinture de Maïté Goblet, 
création lumières de Carla Tome, de réation sonore de Vincent Crenn, arrangements musicaux de Nathalie Joly de Louise Jallu, avec Nathalie Joly (chant), Jean-Pierre Gesbert (piano, trompette), Bénédicte Charpiat (danse), Carrméla Degado ou Marion Chinon (bandonéon), Jacques Verzier (chant).

Avignon off, Espace Roseau, 18 h, tél. : 04 90 25 96 05, jusqu’au 29 juillet. (Durée : 1 h 15). Reprise le 22 décembre 2018 au Bal Blomet, puis du 4 mars au 3 avril 2019 au
Théâtre de l’épée de bois, Cartoucherie de Vincennes. (CD aux éditions Frémeaux et Associés).

Photo Sophie Boeglin .

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