Cabaret Dada (1916-1950) d’après Apollinaire, Rilke, Desnos…
La modernité

Dada ! Le nom ne sonne pas comme un galop de course hippique mais comme un appel à la révolte. Le mouvement Dada, en pleine guerre 1914-1918, contestait l’ordre militaire et bourgeois. Les surréalistes allaient trouver leur piste d’envol bien préparée. Ce « Cabaret Dada » se réfère à l’esprit du créateur du courant, Tristan Tzara, mais n’est en rien une anthologie de ses textes ou une reconstitution à caractère historique. Il n’y a même pas un mot de Tzara ( ce qui peut surprendre). Les auteurs du spectacle sont partis des sensations nouvelles du début du XXe siècle, en littérature et en musique, et les ont suivies à travers quelques indépendants de l’écriture et de la composition. Dans le premier camp, ils ont retenu Apollinaire, Rilke, Desnos, Anaïs Nin et Henry Miller, Pasolini, et même Griselis Real, l’ex-prostituée qui parla si bien des hommes et du sexe. Dans le second camp, ils ont pensé à Bartok, Kurt Weill (beaucoup à Kurt Weill ! ), Gerschwin, Schönberg, Menotti et Poulenc.
On voit que la barre est placée haut. Les interprètes sont à cette altitude : Blandine Jeannest de Gyvès, qui s’habille en élégante 1920, est une brillante soprano. Richard Leteurtre, en jeune loup faussement indolent, dit d’une manière claire et tranchante cette littérature de la douleur et de l’amour qui défie les mensonges de la société. Ludovic Amadeus Selmi est un pianiste qui ne craint pas les acrobaties tonales. On pouvait s’attendre à plus d’agressivité, en raison de la référence à Dada. En fait, la provocation est profonde et secrète. C’est un beau cabaret de ce qu’on a appelé la modernité.
Cabaret Dada d’après Apollinaire, Rilke, Desnos… Conception de Blandine Jeannest de Gyvès, mise en scène de Richard Leteurtre, scénographie et vidéo de Jean-Pierre Schneider, lumières de William Orrego Garcia, avec Blandine Jeannest de Gyvès (soprano), Richard Leteurtre (comédien), Ludovic Amadeus Selmi (pianiste). Théâtre de Nesles, le lundi, 20 h 30, tél. : 01 46 34 61 04, jusqu’au 10 février. (Durée : 1 h 05).



