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Critiques / Théâtre

C’est la Phèdre d’après Sénèque

par Gilles Costaz

Les lunettes noires de la reine adultère

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La jeune compagnie Les Bourlingueurs, née il y a peu d’un groupe d’amis au Conservatoire, aborde la Phèdre de Sénèque. De façon pas très catholique. Mais Sénèque n’était pas catholique. Le metteur en scène, Jean Joudé, s’est expliqué ainsi au journal Théâtral Magazine : « Il y a une table. C’est là que se passent à la fois la fête et la tragédie. A partir de ce lieu on a fabriqué le spectacle en cinq jours. Cela commence par un concert de quinze minutes. La batterie instaure une certaine puissance, mais l’on arrête car la parole de Sénèque a la même puissance que la musique. Le chœur est joué par une actrice qui se déplace parmi le public et conte l’histoire de son personnage. Tout est dans la puissance contrôlée. »
Puissance contrôlée ? C’est à voir ! La troupe a de l’énergie à revendre et puise volontiers dans l’énergie rock. C’est à la fois Phèdre et la fête, dit le titre. La table centrale porte les reliefs désordonnés d’un repas sous les lampes de diverses couleurs d’une fête foraine. Il y a des ballons et un escabeau. A gauche, un studio, à ciel ouvert, avec instruments de musique et amplis, permet aux acteurs-chanteurs de chanter à pleins décibels les textes qu’ils ont écrits. Tout le monde a des micros, mais les tonalités changent d’un personnage à l’autre. Phèdre, le plus souvent voilée par ses lunettes noires, est proche du cri, toujours dans l’exaltation narcissique : la reine adultère se dissimule mais va au devant des autres pour qu’on l’entende s’apitoyer. Oenone porte un short en tissu de jean et se déhanche furieusement. Les hommes, suivant les rôles, sont en forts des halles (Théramène), en habits chic (Thésée) ou en passant banal couvert de gros pulls (Hippolyte). Ils se déchaînent en suivant la longitude de la table. Tout se termine avec l’entrée en scène d’un cercueil.
Ca déchire, comme on dit dans certains concerts. L’équipe, que composent Théo Chédeville, Gabriel Acremant, Maïa Foucault, Lucie Grunstein, Sipan Mouradian et Isis Ravel, est sanguine à souhait et, même quand elle danse, fait entendre de façon claire et musclée la belle traduction de Florence Dupont. Peu d’ajouts ont été introduits dans le texte, sauf les chansons (inédites, et pas mal du tout) et Il venait d’avoir 18 ans de Dalida, utilisé malicieusement comme un hommage à ce gamin d’Hippolyte ! C’est sans sagesse, sans prudence, roboratif, passionné, provocant, ennemi du « bon goût ». Cela manque un peu de tempos méditatifs mais, dans l’anti-antique, c’est parfait.

C’est la Phèdre d’après Sénèque, texte français de Florence Dupont, mise en scène de Jean Joudé.
Adaptation et dramaturgie de Thibaud d’Abbesses
Musique par Les Minotaures (Grégoire Letouvet - piano, guitare, voix et Clément Cliquet –batterie)
avec Théo Chédeville, Gabriel Acremant, Maïa Foucault, Lucie Grunstein, Sipan Mouradian et Isis Ravel.

Théâtre Monfort, tél. : 01 56 08 33 38 jusqu’au 25 mai. (Durée : 1 h 20).

Photo DR.

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