Les 6, 7, 9, 10, 11, 13, 14, 15, 17, 18, 19, 20juillet à 21h30, à la Carrière de Boulbon du Festival d’Avignon.
Brel de Anne Teresa De Keersmaeker & Solal Mariotte (Belgique, France). Concept, chorégraphie et danse Anne Teresa De Keersmaeker, Solal Mariotte, musique Jacques Brel.
Brel, Keersmaeker, Mariotte : une valse à tous les temps...

Comment danser l’icône de la chanson populaire qu’est Jacques Brel à la musique qui passe les générations, mais peut-être pas tant. Des chansons patrimoniales ayant bercé les enfances des plus âgés aujourd’hui, recouvrant leur histoire - éducation, apprentissage de la langue française - , un trésor du patrimoine mondial pour la chorégraphe belge Anne Teresa de Keersmaeker.
Le défi - incarner des chansons non destinées à être dansées - est ainsi relevé, d’un côté, par la célèbre chorégraphe flamande, danseuse classique dont l’art fraie avec un contemporain gracieusement porté et assumé, et de l’autre, par Solal Mariotte, danseur et chorégraphe versé dans le breakdance. Les concepts verticaux classiques s’allient à l’horizontalité de la breakdance.
Ensemble, ils explorent la poésie, l’expressivité et la gestuelle du chanteur belge foncièrement théâtral et magnifique sur la scène comme à l’écoute chez soi, à travers Brel pour l’espace majestueux de la Carrière de Boulbon. Deux figures miniatures virevoltantes dans un espace minéral immense.
La danseuse tourne sur elle-même, pirouette, ouvre les bras et les étend.
Le Plat pays - musique, paroles et poésie - est une lecture du paysage flamand. Amsterdam ou bien La Valse à mille temps entraîne une frénésie absolue, une émotion, celle d’une époque révolue mais présente encore, aux expressions anciennes, au parler kitsch significatif et pertinent. Les Vieux souligne le pathétique des pleurs, et Jeff la douleur éprouvée par les losers. Des chansons intemporelles à valeur universelle que les années préservent.
Le breakdance - rythmes et syncopes - se tient à l’écoute de l’imaginaire entre la danse et le texte, l’accélération, le tournoiement, la frénésie – les images poétiques des atermoiements du coeur et de l’âme, des histoires d’amour qui ne s’usent pas mais concernent tout un chacun en tout temps.
Pendant ce temps, Anne Teresa de Keersmaeker, habillée élégamment de gris - pantalon large et veste ouverte sur un t-shirt blanc -, évolue sur la scène en tournoyant, se déshabille puis se rhabille face à la Carrière de Boulbon qui l’encadre, petite poupée s’animant dans un espace cosmique.
Est éprouvée par tous ce soir-là l’énergie communicative de Jacques Brel, attentif à l’état du monde, adressant au public ses cartes postales sociales épinglant une vieillesse modeste mal vécue quand elle est incomprise et méprisée, dénonçant les amours infidèles, les trahisons, tout en croyant encore à la force inaltérable du sentiment existentiel.
Un regard sur le monde, sur la justice sociale, l’amour, le couple, la femme, la vieillesse, l’enfance, la famille, l’amitié, la complicité, sur la violence dévoilée, soit le rapport d’un temps donné à l’identité, la nation, au lien père-fils, à la tradition. Il suffit d’écouter Les Bourgeois ou bien Ces gens-là pour ressentir l’engagement de Brel dans la société de son temps contre l’injustice sociale.
Un voyage entre le bal musette, les airs de valse, l’héritage de Debussy et Ravel. Jacques Brel disait qu’il n’était pas de son temps, se sentant appartenir à l’entre-deux-guerres, les années 1930, et non 1960/1970.
Un décalage à la fois des jours qui passent et de la perception atemporelle de l’artiste, qui n’en parle pas moins aux spectateurs et auditeurs de notre temps, ébranlés profondément par cette force de vie et de foi en l’art de vivre.
Brel de Anne Teresa De Keersmaeker & Solal Mariotte (Belgique, France). Concept, chorégraphie et danse Anne Teresa De Keersmaeker, Solal Mariotte, musique Jacques Brel, scénographie Michel François, lumière Minna Tiikkainen, costumes Aouatif Boulaich, dramaturgie Wannes Gyselinck, direction des répétitions, assistanat Nina Godderis, Johanne Saunier. recherche musicale France Brel/Fondation Jacques Brel. Les 6, 7, 9, 10, 11, 13, 14, 15, 17, 18, 19, 20juillet à 21h30, à la Carrière de Boulbon du Festival d’Avignon.
Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage



