Concert de clôture du cycle Boulez 100 par l’Ensemble Intercontemporain le 12 décembre
Boulez en création
Pour son concert final des célébrations du centenaire de Pierre Boulez, l’Ensemble Intercontemporain livre une recréation du compositeur associée à trois pages bien en regard.
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- 15 décembre 2025
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POÉSIE POUR POUVOIR EST UNE ŒUVRE DE JEUNESSE. Premier essai de Pierre Boulez (1925-2016) dans le domaine électronique, associé à une formation instrumentale, cette œuvre avait été reniée par son compositeur peu après sa création en 1958 à Donaueschingen. En raison de son insatisfaction du traitement électroacoustique lors de sa création. Il ne l’avait plus reprise par la suite et l’avait retirée de son catalogue. C’est à une recréation de l’œuvre, « exceptionnellement autorisée par la Succession Pierre Boulez », que l’Ensemble Intercontemporain se donne pour le concert final de son cycle Boulez 100. La partie électronique est une reconstitution à partir des sources disponibles, réalisée dans les studios de l’Ircam par Marco Stroppa et Carlo Laurenzi, en sus d’une recréation de la partition d’orchestre. La question reste de savoir si Boulez lui-même aurait accepté cette remise à l’ordre du jour de son œuvre reniée !... Mais c’est ainsi l’occasion d’assister à un Boulez méconnu et à une œuvre ressortie de l’oubli (donnée en première de sa recréation le 31 août dernier à Lucerne).
Sur une poésie d’Henri Michaux de son recueil Poésie pour pouvoir (à une époque où Boulez s’inspirait de poésies contemporaines, dont celles de René Char), l’œuvre réclame trois orchestres et deux chefs, en sus de son traitement électroacoustique (et de la voix enregistrée du récitant, ici Yann Boudaud). Au dessus d’un prétexte poétique pessimiste, la musique se fait incantatoire où défile la violence dure de la matière sonore. Pour le concert à la Cité de la Musique sont réunis l’Ensemble Intercontemporain, réparti en deux formations (de 30 instrumentistes et 18 instrumentistes solistes), et l’Orchestre du Conservatoire de Paris (40 instrumentistes), les premiers sous la direction de Pierre Bleuse et le second dirigé par Jean Deroyer. Soit près d’une centaine de musiciens distribués en trois plans sur le plateau, en plus du dispositif électronique.
Le résultat interprétatif est bien à l’image du projet, dans des sonorités incisives, justement réparties et menées ardemment par les deux chefs d’orchestre (et l’efficace diffusion électronique sonore Ircam de Luca Bagnoli). Une manière de redécouverte attractive.
Pages évocatrices
Pour accompagner la soirée, viennent trois pages évocatrices des inspirations qui ont gouverné la matière compositionnelle de Boulez. La Symphonie d’instruments à vent de Stravinski, datée de 1920 et révisée en 1947, flamboie sous la direction cette fois du seul Pierre Bleuse devant son Intercontemporain. Succède Ces Belles Années de Betsy Jolas (née en 1926, et qui elle aussi fêtera bientôt ses 100 ans !), compositrice amie de Boulez. L’œuvre créée il y a deux ans à Londres verse dans un prenant aspect symphonique par sa polyphonie de timbres associée à un final chanté (sur un texte de Betsy Jolas elle-même) emporté ici avec un beau lyrisme par la soprano Tamara Bounazou. Le Concerto « À la mémoire d’un ange » d’Alban Berg*, en hommage à la brusque disparition à 18 ans de la fille de l’architecte Walter Gropius et de son épouse Alma (veuve de Gustav Mahler), dernière œuvre en 1935 du compositeur (et autre compositeur qui aura marqué Boulez), conclut la soirée, emmené par le violon aux sonorités démultipliées de Diego Tosi et un Intercontemporain bien à son office toujours sous la direction de Pierre Bleuse. Attachante soirée, au-delà de son prétexte commémoratif.
Illustration : Une vision panoramique de la salle. Pierre Bleuse à la manœuvre (photos Anne-Élise Grosbois)
* À signaler la récente parution chez Le Condottière d’Alban Berg, une biographie fantastique, ouvrage épique et foisonnant sur et à propos du compositeur, dû à notre éminent collaborateur Christian Wasselin.
Pierre Boulez : Poésie pour pouvoir - Igor Stravinski : Symphonie d’instruments à vent - Betsy Jolas : Ces Belles Années - Alban Berg : Concerto pour violon « À la mémoire d’un ange ». Diego Tosi (violon) ; Tamara Bounazou (soprano) ; Ensemble Intercontemporain, Orchestre du Conservatoire de Paris, dir. Pierre Bleuse et Jean Deroyer. Paris, Cité de la Musique, 12 décembre 2025.



