jusqu’au 27 octobre.
Bobby Fischer vit à Pasadena de Lars Norén
Révélation d’un metteur en scène

Quand il dirigeait le théâtre de Sartrouville, Laurent Fréchuret a donné à l’un des acteurs permanents de la structure, Philippe Baronnet, l’occasion de faire une mise en scène à partir d’un texte qu’il choisirait lui-même. Le choix de Baronnet s’est porté sur Bobby Fischer vit à Pasadena, qui, dans l’œuvre de Lars Norén, relève de la critique bourgeoise. Franchement, à cette inspiration gentiment cogneuse on préfère les textes amoureux de Lorén sur les marginaux – paumés de la rue ou patients des hôpitaux psychiatriques. Dans Bobby Fischer, un couple se désintègre sous nos yeux, en présence et avec l’aide de leurs deux enfants, une fille rebelle et un garçon un peu anormal. Le dialogue est vif et percutant, mais Norén ne se libère pas complètement d’une influence américaine, de ce bon vieux temps des déballages conjugaux type Qui a peur de Virgina Woolf ?
N’empêche, quel bon spectacle dans une scénographie qui place le public dans le salon même de la querelle, avec même des miroirs pour suivre ce qui ne serait pas dans l’angle de vue du spectateur ! Tout est dosé, progressif, ralenti, accéléré. Non plus un match en plusieurs rounds mais une navigation sur un bateau ivre qui domine parfois la tempête mais ne pourra éviter de se fracasser. Dans le rôle de la mère, Nina de Montal, c’est tout le charme indiscret de la bourgeoisie. Splendide animal blessé et blessant. Incarnant le père, Samuel Churin dessine bien un être sûr de lui (pas longtemps) et rétréci par les petitesses d’une vie professionnelle glorieuse. Belles présences aussi d’Elya Birman, magnifiquement ambigu dans le personnage du fils étrange, et de Camille de Sablet, victime et pourtant victorieuse. Avec eux il y a là un chef d’orchestre théâtral qui promet : Philippe Baronnet.
Bobby Fischer vit à Pasadena de Lars Norén, traduction d’Amélile Berg, mise en scène de Philippe Baronnet, scénographie d’Estelle Gautier, son de Cyrille Lebourgeois, lumière de Guillaume Granval, costumes de Carmen Bagoe, avec Elya Birman, Samuel Churin, Nine de Montal, Camille de Sablet. Théâtre de la Tempête, tél. : 01 43 28 36 36, jusqu’au 27 octobre.
©J.M. Lobbé



