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Critiques / Opéra & Classique

Berlioz, la guitare et la romance

par Christian Wasselin

Les 25 romances arrangées pour voix et guitare par le jeune Berlioz sont pour la première fois enregistrées.

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BERLIOZ, À L’ÉPOQUE DE SON ADOLESCENCE, devint un virtuose de la guitare, comme il le raconte au chapitre IV de ses Mémoires, grâce à l’enseignement que lui dispensa François-Xavier Dorant. Plus tard, il fera intervenir l’instrument dans l’une des Huit Scènes de Faust, dans Benvenuto Cellini et dans Béatrice et Bénédict, il lui confiera l’accompagnement d’un Nocturne à deux voix et une série de variations (apparemment perdues) sur « La ci darem la mano », il lui consacrera aussi plusieurs pages dans son Traité d’instrumentation. Mais il ne faut pas oublier qu’il a également laissé un recueil de 25 romances pour voix et guitare (qui portent le numéro H8 dans le catalogue Holoman), qui est en réalité un recueil d’arrangements de romances et d’airs d’opéras-comiques célèbres à cette époque (nous sommes dans les années 1819-1822).

Ces romances n’avaient jamais été intégralement enregistrées (Stéphanie d’Oustrac en a gravé récemment quelques-unes dans « Une soirée chez Berlioz », Harmonia mundi), mais c’est maintenant chose faite grâce à un disque enregistré au Québec, plus précisément en l’église Saint-Benoît de Saint-Joseph-du-Lac, au mois de juin 2019. Comme l’écrit Michael Stegemann dans le texte de présentation, « vraisemblablement Dorant choisit-il les morceaux et les donna-t-il à arranger à Berlioz ». Il précise : « En règle générale, la partie vocale y est reprise sans modification et complétée par un accompagnement à la guitare. » La musique est signée de compositeurs tels que Lintant, Messonier, Bédard mais aussi Boieldieu ou Dalayrac, musicien cher au cœur de Berlioz. Parfois, le compositeur n’est pas identifié, parfois c’est l’auteur des paroles qui est inconnu (mais quatre des romances sont composées sur des paroles de Florian, autre amour de jeunesse de Berlioz), parfois on ne connaît ni l’un, ni l’autre.

Amourette, bergerette, disait Colette

Il est question ici, essentiellement, d’amours douloureuses, d’oiseaux, de bocage, de « simple et naïve bergerette », mais aussi d’une trompette « qui appelle aux alarmes » (avec un écho de La Marseillaise) et, plus étonnant encore, d’entreprise et de crédit dans le plaisant « Que d’établissements nouveaux » sur des paroles du vicomte de Ségur et une musique de Dellamaria. Parmi les romances les plus touchantes, on notera celle de Plantade « Bocage que l’aurore embellit de ses pleurs », celle de Martini « Vous qui loin d’une amante » sur des paroles de Florian, la simple et anonyme « Faut l’oublier, disait Colette » ou l’air de Dalayrac « Ô ma Georgette ». Ces pages sont d’une grâce et d’une mélancolie poignantes, et on ne s’étonnera pas qu’elles aient ému la sensibilité du jeune Berlioz, qui se glisse dans une étoffe musicale, laissant pour plus tard l’heure des grandes inventions.

Ces romances sont ici interprétées par deux voix qui interviennent tour à tour (sauf dans le duo « À Toulouse il fut une belle »). Antonio Figueroa a la chaleur et le style qui conviennent, mais le vibrato de Magali Simard-Galdès nuit parfois à la simplicité de sa prestation. Tous deux articulent cependant le français avec naturel. La partie de guitare est confiée à l’excellent David Jacques, qui joue un instrument fabriqué en 1829, à Mirecourt, par Jean-Jacques Coffe. L’équilibre entre les voix et l’instrument sert fort bien ces 25 pages dont plus d’un amoureux de la musique de Berlioz désirait depuis longtemps connaître les couleurs et les accents.

Romances pour voix et guitare, arrangements de Berlioz. Magali Simard-Galdès, soprano ; Antonio Figueroa, ténor ; David Jacques, guitare. 1 CD Atma Classique ACD2 2800.

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