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Critiques / Opéra & Classique

Berlioz dans ses murs

par Christian Wasselin

Le Palais royal saisit l’occasion de l’anniversaire de la mort de Berlioz pour donner un concert mis en espace dans l’admirable salle de l’ex-ancien Conservatoire.

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ON SAIT QUE LE PALAIS ROYAL, formation que dirige Jean-Philippe Sarcos, est en résidence dans le théâtre du Conservatoire dramatique, lieu qui était consacré à la musique à l’époque où l’art dramatique et l’art musical étaient enseignés au sein du même établissement. Cette salle de style pompéien, inaugurée en 1811, a accueilli la création française des symphonies de Beethoven à partir de 1828, et celle de plusieurs grandes pages de Berlioz, dont la Symphonie fantastique en 1830. Il faut donc se réjouir qu’un ensemble continue aujourd’hui d’entretenir la flamme de la musique dans un lieu dont le destin, par ailleurs, suscite bien des inquiétudes.

Jean-Philippe Sarcos a eu la bonne idée, à l’occasion du cent-cinquantième anniversaire de la mort de Berlioz, d’imaginer une soirée consacrée à l’auteur de Roméo et Juliette : célébrer Berlioz dans cette salle, c’est, le temps d’un concert, réconcilier l’art et l’histoire. C’est aussi réveiller la mémoire et saisir l’occasion pour remonter en fond de scène le décor de bois peint, déposé lors de la restauration de la salle qui eut lieu dans les années 80 ; décor qui exalte l’acoustique – mais aussi, inévitablement, se montre impitoyable au moindre écart de justesse.

Plus que d’un concert en réalité, il s’agit là d’une évocation musicale de Berlioz, sa vie (résumée), son tempérament (simplifié) et son destin (schématisé). Jean-Philippe Sarcos a choisi un certain nombre d’extraits, essentiellement pour chœur avec réduction de piano, des grandes œuvres de Berlioz (la Ronde de paysans de La Damnation de Faust, l’Adieu des bergers de L’Enfance du Christ), mais aussi quelques pages plus rares telles que le Ballet des ombres ou La Mort d’Ophélie. On est heureux, ainsi, d’entendre la version longue du Chœur des ciseleurs de Benvenuto Cellini. Mais aussi le Bal de la Fantastique, dans la transcription de Liszt, interprété par le pianiste Orlando Bass.

Tempo, durée, rythme

Berlioz et le Conservatoire, c’est aussi Salieri (l’auteur des Danaïdes, le premier spectacle qu’il vit à l’Opéra), Gluck (une adoration de toujours) et Cherubini (directeur du Conservatoire quand il y était lui-même élève). D’où les extraits d’Armide ou de la Messe pour le sacre de Louis XVIII dont sont semés le concert, sans oublier Rossini (moins détesté par Berlioz qu’on le dit), voire Piccini, rival de Gluck. Tous ces extraits, soit une vingtaine, sont agencés avec soin par Emmanuel Reibel, qui fait se succéder avec intelligence et sensibilité les instants mélancoliques et les pages plus fiévreuses, et signe aussi le texte de liaison. Les deux heures du spectacle passent sans qu’on s’en rende compte, grâce également à la mise en espace de Benjamin Prins et Pénélope Driant, qui glisse du XIXe siècle à aujourd’hui, et se contente de quelques accessoires (des voiles, les ossements d’Harriet) pour créer l’atmosphère ; preuve, s’il en fallait une, que le temps musical est celui du rythme et non pas de la durée objective. Si Les Troyens récemment montés à la Bastille nous insupportent, n’est-ce pas qu’à force de coupures on leur a brisé les jambes ?

On pourra toujours déplorer que les membres du chœur du Palais royal ne bougent pas et ne parlent pas toujours avec une extrême aisance, surtout lorsqu’un vrai comédien, Frédéric Le Sacripan (délicieux pseudonyme !), endosse le costume et la voix de Berlioz ; mais il y a une belle énergie dans cet ensemble, auquel on souhaite de gagner toujours plus en homogénéité et de continuer d’enchanter ce beau lieu qu’est le 2bis, rue du Conservatoire.

Illustration : Jean-Philippe Sarcos et Le Palais royal au moment du Ballet des ombres. Photo Laurent Prost.

"Berlioz le fantastique, épisodes de la vie d’un artiste." Le Palais royal, dir. Jean-Philippe Sarcos. Salle du Conservatoire d’art dramatique, 12 mars. Ce concert sera repris le 13 mars dans le même lieu, puis le 14 à Rouen (hôtel du département de Seine-Maritime).

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