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Critiques / Musique

Barbara… j’ai peur mais j’avance de Véronique Daniel

par Gilles Costaz

Biographie d’une chanteuse

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Incarner Barbara, la « longue dame brune », il fallait oser ! Véronique Daniel assume ce défi sans basculer dans l’imitation trop méthodique. Elle cultive la ressemblance, sans trop s’y attacher, et sa manière de chanter, sans chercher la totale similitude. Mais ce qui fonde le spectacle qu’elle a conçue et qu’elle joue, c’est la biographie. A partir des confidences de l’artiste et de bien d’autres témoignages elle a reconstitué une vie de luttes et de victoires, une vie d’amour et de solitude, une vie à contre-courant et qui pourtant va au-devant des autres (Barbara a consacré beaucoup de son temps aux victimes du sida et aux prisonniers). Juive, la future interprète de Göttingen grandit dans une famille qui, en France, fuit et se cache pendant la guerre. Elle chante d’abord des chansons d’Yvette Guilbert. La multiplicité des cabarets (elle se fait connaître à l’Ecluse) lui permet de sortir peu à peu de l’ombre et d’interpréter ses propres chansons. A partir d’Il pleut sur Nantes – consacré à la mort d’un père très aimé -, c’est gagné. Mais son chemin passe toujours par l’expression de certaines douleurs. Oiseau blessé, elle trouve son chant le plus harmonieux dans ses blessures intimes.
Véronique Daniel relie la vie aux chansons. Elle comble les pointillés, révèle pleinement ce que le texte de Barbara suggère, donne aux mots la force que, parfois, l’on n’a pas ressentie tant le chant était mélodieux. C’est une historienne, une biographe en mouvement : elle chante essentiellement Barbara, mais aussi Brel, Yvette Guilbert, Brassens, Piaf, ce qui a compté dans l’apprentissage de la chanteuse… Avec une diction très rapide, une présence à la fois nerveuse et songeuse, avec aussi de grandes qualités vocales, elle éclaire un mythe, une aventure singulière et un moment du XXe siècle. Sur la scène, il y a à peine quelques éléments qui évoquent le music-hall, le piano, les fleurs, l’image de la chanteuse à travers un buste sculpté dans une matière noire. Tout semble sorti d’une boîte, où il faudrait tout remettre en hâte pour fuir – les nazis, les gens qui n’aiment pas, la mort qui arrive toujours à un moment ou à un autre. La mise en scène d’Alain Bonneval circonscrit le jeu de Véronique Daniel sur une petite circonférence : pas besoin de filer au loin alors qu’on peut saisir le monde dans la brûlure d’un jeu intense et sans dispersion. Cette mise en scène discrète, pressée et tendue fait tomber les frontières entre la scène, la loge et la maison. Elle alterne les confidences et les chants, les récits et le récital. Tout est à vif : blessures à vif, jeu à feu vif.

Barbara… j’ai peur mais j’avance de et avec Véronique Daniel, mise en scène d’Alain Bonneval, illustration musicale d’Alain Bernard, décor d’Héloise H. Théâtre du Nord-Ouest, tél. : 01 47 70 32 75, à différentes dates et différents horaires, jusqu’au 27 octobre. (Durée : 1 h 15).

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