Paris, Théatre le guichet Montparnasse jusqu’au 15 mai 2010
Bal-Trap de Xavier Durringer
Couples déjà dans la crise de nerfs

C’est bon de retrouver les bons vieux Durringer, qui sont quasiment des classiques des années 90 et qui, pour parler des jeunes des villes modernes, n’ont pas pris une ride. Bal-Trap, dont le titre semble comparer l’amour à une attraction de fête foraine, est le chassé-croisé de deux couples. Le premier est en train d’exploser ; pourtant, les deux partenaires, au sortir d’un bal, sont venus fêter l’anniversaire de leur première rencontre là où ils se sont connus, mais ils ne se comprennent plus du tout. Le second tandem est à naître. Le jeune homme drague une passante, et ce n’est pas gagné ! La jeune fille draguée attend un autre homme, qui ne vient pas. La voie de l’amour s’ouvre enfin pour ces deux-là. Et les deux autres ont une chance de se réconcilier, mais après être passés par des invectives et des déclarations de séparation définitive !
« L’amour, cette balle perdue qu’on tire et qui va bien toucher quelqu’un quelque part », dit le dialogue. Durringer, c’est ça : la formulation aux accents populaires qui fait mouche, au vocabulaire volontiers cru, mais qui creuse au plus profond des sentiments, suit en balançant ce mouvement de tango des sentiments qui fluctuent et des incompréhensions toujours prêtes à bondir. Avec lui, l’art d’aimer se décline en concurrence avec l’art de ne pas aimer, mais le premier finit par l’emporter, au finish, car tout est si fragile et cassant sous la surenchère des mots lancés trop vite, tout est si enfantin chez les adultes qui croient savoir et les grands restés gamins qui passent pour des inconscients. Eve Weiss a bien compris ces mouvements au-dessus du vide et tend fort le fil de sa mise en scène où chaque pas et chaque mot sont des nuances, soutenues ou prolongées par le violon du musicien présent en scène, Séverin Dupouy.
Laurent Collard est d’une belle présence ahurie. Caroline Rivet sait injecter de la douceur sous la dureté. Letti Laubiés joue la frustrée acide avec un diaphragme qui s’ouvre sur l’émotion. Christophe Petit drague avec une malice qui fait rire sans dévier d’une ligne comique rigoureuse. Leur concerto de déchirures nocturnes est d’une justesse à faire pâlir bien des grands spectacles à la mode.
Bal-Trap de Xavier Durringer, mise en scène d’Eve Weiss, décors et costumes de Caroline Mexme, lumières de François Eric-Valentin, avec Letti Laubiés, Christophe Petit, Caroline Rivet, Laurent Collard, Séverin Dupouy (le musicien). Guichet-Montparnasse, 01 43 27 88 61, jusqu’au 15 mai (1 h 25).
Photo : Sophie Anita



