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Avignon : Thyeste et les autres

par Gilles Costaz

Sénèque mis en scène par Thomas Jolly a été l’événement de la 72e édition

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Un festival qui commence bien, c’est un festival déjà à moitié réussi. On a connu, dans la Cour d’honneur du Palais des papes, tellement de premières créations mal reçues qu’un spectacle inaugural qui fait le bonheur du public est une bénédiction. Le mot bénédiction ne convient sans doute pas à Thyeste de Sénèque, où le dieu Atrée se venge de son frère Thyeste en lui servant ses enfants hachés menu comme plat gastronomique ! Mais la mise en scène de Thomas Joly, très imagée, en perpétuelle réinvention de scènes visuelles, avait un souffle incontestable. Une occupation de la Cour dans toutes ses dimensions, un univers très électrique, une musique enveloppante, un choeur d’enfants, de grands acteurs comme Annie Mercier, Eric Challier et Thomas Jolly lui-même qui assume le rôle d’Atrée avec une fougue impressionnante : c’était une proposition vaste et maîtrisée. On peut regretter que la diction de jeunes interprètes ne soit pas toujours claire, mais cette succession de sensations est de l’excellent spectaculaire.
La question du genre était au centre du festival, avec, notamment, le feuilleton quotidien de David Bobée sur toutes les questions que cela soulève. Dans le registre quasi documentaire, la représentation de Trans du Catalan Didier Ruiz a été un moment très émouvant. Avec une grande sincérité, sept personnages qui ont changé de sexe viennent conter leur histoire et entrecroisent leurs confidences. Très forts furent également Il pourra toujours dire que c’est pour l’amour du prophète du franco-iranien Gurshad Shaheman sur la persécution des sexualités prétendument déviantes dans le monde musulman et Summerless de l’Iranien Amir Reza Koohestani sur le monde confiné des écoles de jeunes filles à Téhéran où tout est désir et répression masqués
La figure symbolique de ce monde sans discriminations et sans rupture entre les sexes ici prôné, cependant, n’est pas du côté du témoignage mais de la danse. François Chaignaud est un danseur-chanteur qui fait exploser les définitions. Dans Romances inciertos, il incarne deux personnages de femme et un archange dans un spectacle où il évolue seul, entouré de musiciens. Changeant de travestissement, il est tour à tour une jeune femme médiévale casquée comme Don Quichotte, le san Miguel ambigu qu’avait imaginé Garcia Lorca et une mystérieuse gitane andalouse. Sur des pointes et sur des échasses, il tournoie, toujours douloureux, en chantant admirablement des airs opératiques de plusieurs inspirations. Le spectacle est conçu, mis en scène et dirigé musicalement par Nino Laisné. Sous sa direction, François Chaignaud est, déjà, presque un mythe vivant !
Hors de la problématique du genre, une autre réussite vient de metteurs en scène travaillant avec des acteurs handicapés, Madeleine Louarn et Jean-François Auguste, Le Grand Théâtre d’Oklahama. Ils ont adapté ce texte de Kafka moins connu que les grands récits de l’auteur mais qui a le même égarement oppressant. Dans un théâtre qui est une sorte de cirque, un jeune homme erre dans une administration étrange engage des artistes.... La mise en scène est entre Alice au pays des merveilles (que les metteurs en scène avaient monté précédement) et Kafka, car tout fonctionne sur un humour absurde et enfantin. Très belle scénographie d’Hélène Delprat, d’un rare pouvoir magique.
Olivier Py a lui-même donné l’une des meilleures pièces, Pur Présent (voir l’article de Corinne Denailles). Nathalie Papin a vu crér sa belle pièce sur la gémellité, Léonie et Noélie, mises en scène de façon acrobatique (trop acrobatique) par Karelle Prugnaud. Reste à s’interroger sur la pièce monstre du festival, Joueurs, Mao II, Les Noms, qui adapte trois romans de Don DeLillo. Le spectacle dure dix heures ! Joué par une belle équipe, en tête de laquelle figure Frédéric Leigdens, il pose les problèmes de la nature du théâtre. L’image cinématographique y est proliférante, comme si la merveilleuse fragilité du jeu dramatique – l’acteur jouant à voix nue et à son échelle d’être simplement humain - avait fait son temps. Cette folle réalisation est discutable ; elle nourrira d’ailleurs les discussions de la rentrée.

Photo : Thyeste, photo Christophe Raynaud de Lage.

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