Paris, Théâtre de poche
Au nom du fils de Alain Cauchi
Conversations avant un enterrement

Un père meurt, et la famille, disloquée, se réunit à proximité du corps. Ce n’est pas un sujet de comédie, mais nous sommes à Marseille et l’auteur-acteur, Alain Cauchi, est Marseillais. Donc, sans tomber tout à fait dans la galéjade, c’est dans le genre du savoureux portrait de mœurs provençal que Cauchi officie. Dans Au nom du fils il propulse peu à peu dans la dernière demeure du père un fils homme d’affaires et discret client de call-girls, son épouse qui a l’air idiote (elle ne l’est pas, bien sûr) – voilà pour ceux qui arrivent de Paris -, un fils brocanteur qui sort de prison orné d’un bracelet électronique et une fille à la cuisse légère – voilà pour ceux qui habitent Marseille. Il ne manque que la mère, mais elle arrivera. On s’explique, on hausse le ton, on s’étripe, on s’invective, on se fuit et on s’affronte à nouveau. Jusqu’à ce qu’à force de ne pas se comprendre, on en arrive à comprendre qu’on ne se comprend pas et à reconstituer une harmonie perdue.
Alain Cauchi, qui a déjà connu quelques succès (Les Lavandiers), est quelque chose comme un Pagnol du pauvre. Ses pièces, même un peu épicées du côté du sexe, peuvent se raconter en famille : c’est un peu comme les blagues du cousin Machin ou de la tante Trucmuche, rigolotes mais sans surprises. Mais l’histoire est bien racontée, les personnalités bien croquées, les oppositions bien soulignées et le rythme bien mené, tout cela au profit d’un message sous-entendu et sympathique (aimons-nous les uns les autres). Avec Etienne Bierry à la mise en scène, c’est encore mieux puisque chaque moment y est nuancé et chaque comédien poussé vers sa plus grande vérité. Alain Cauchi est lui-même un acteur très amusant, une sorte de Roland Bacri phocéen. Autour de lui, Fabienne Chaudat, Cécile Sanz de Alba, Hervé Falloux et Josette Stein sont comme les santons d’une crèche païenne : typés et charmants. On passe un bon moment, bonne mère.
Au nom du fils de Alain Cauchi, mise en scène d’Etienne Bierry, décor de Jacques Voizot, costumes de Brigitte Demouzon, lumières de Thibault Vincent, avec Alain Cauchi, Fabienne Chaudat, Hervé Flloux, Cécile Sanz de Alba, Josette Stein. Poche-Montparnasse, tél. : 01 45 48 92 97 (1 h 30).
Mention obligatoire : PhotoLot



