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Critiques / Théâtre

Au début de François Bégaudeau

par Gilles Costaz

Donner ou ne pas donner la vie

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A la naissance, c’est un livre sur … la naissance. A partir d’entretiens, François Bégaudeau écrivit Au début d’après les confidences d’une quinzaine de personnes sur leurs rapports avec le désir et le refus d’enfant tout au cours de leur vie. Du théâtre se profilait derrière les chapitres de l’ouvrage. Panchica Velez le flaira et demanda à Bégaudeau d’en tirer une pièce. Bégaudeau, qui a déjà écrit pour le théâtre et n’aime guère les textes arrachés bruts à leur publication (même quand il s’agit de ses propres livres), retint quatre personnages parmi sa galerie de confidents et les fit dialoguer en conversations parallèles et croisées à la fois. Ainsi Au début, dans sa version théâtrale, place dans un même espace-temps une femme qui se croyait laide et qui ne se décida à étreindre un homme qu’après être passée par une offre de service sexuel (officie, surveillé par le corps médical ! ) sur internet, un homme qui, vivant avec un autre homme, eut un enfant à deux pères et pas mal de complications, une femme pauvre qui, à l’époque où l’avortement était proscrit, mena difficilement une vie libre et accepta tardivement la maternité et une jeune femme de l’ère moderne individualiste mais quelque torturée en ses pensées.
Panchica Velez a placé ces personnages dans une sorte de jardin public. Ils n’appartiennent pas aux mêmes décennies mais ils sont dans le même square. Leurs propos se répondent et s’additionnent, tout au long d’un manège d’aveux où chacun est, à chaque prise de parole, dans un brûlant moment de vérité. A la fin, le manège tourne vraiment, mais on laissera au spectateur le plaisir de découvrir la dernière et belle image du spectacle. Rachel Arditi compose une jeune fille aux prises avec ses contradictions avec une drôlerie toujours sensible, Nathalie Cerda parvient à tracer une véritable transformation depuis le repli sur soi jusqu’à l’ouverture à l’amour, Marie Ruggieri dessine finement le cheminement d’une femme échappant peu à peu au déterminisme social, Eric Savin sait superposer dans un même jeu la joie et la mélancolie.
Le spectacle de Bégaudeau, Velez et leurs comédiens se perçoit d’abord comme un intéressant objet sociologique puis, tout à coup, vous pince le cœur, brise la distance, chante comme un hymne. Il est rude comme la vie et musical comme un concerto.

Au début de François Bégaudeau d’après son roman Au début (Alma éditeur), mise en scène de Panchika Velez, décor de Claude Plet, musiques de Bruno Ralles pour Baloo Productions, lumières de Marie-Hélène Pinon, costumes de Marie-Christine Franc, assistanat de Mia Koumpah, avec Rachel Arditi, Nathalie Cerda, Marie Ruggieri et Eric Savin.

Petit Montparnasse,, 21 h, tél. 01 43 22 77 74 (Durée : 1 h 30).

Photo DR.

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