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Artan : le souci du public défavorisé

par Gilles Costaz

Une association pour permettre l’accès des exclus au théâtre public

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Les places de théâtre sont souvent peu abordables, c’est une évidence. Le théâtre public a pour mission d’accueillir les spectateurs de toutes les classes sociales, mais les tarifs ont souvent grimpé au-delà de ce que peuvent payer les personnes à faible revenu. Que faire ? Autour de cette question, Carole Darier a cherché des solutions. Ayant travaillé dans des services d’action culturelle, soeur de comédien (son frère est Gérard Darier, un acteur connu), elle s’est sentie particulièrement concernée par ce problème et, à la différence de ceux qui théorisent sans ne rien faire, est passée à l’action. Elle a créé Artan, les Arts dans le temps, une association qui regroupe d’ores et déjà une petite centaine de spectateurs n’appartenant au monde des privilégiés. La mission d’Artan est de « donner accès à l’art et à la culture aux plus fragiles dans un souci d’inclusion, d’échange, de partage et de solidarité en fédérant tous les publics autour de parcours artistiques et culturels dans Paris et sa région ». Ces « parcours artistiques » sont essentiellement des soirées au théâtre et aux spectacles de danse.
Tout a commencé en 2003. Carole Darier, en banlieue parisienne, à Garges-les-Gonesses précisément, s’est dit un jour que la situation d’exclusion et de méconnaissance qu’elle constatait ne pouvait plus durer. « Je voyais combien les gens étaient cloisonnés, dit-elle. Ils ne connaissaient pas Chaillot ou le 104, ne savaient pas grand-chose d’une proposition culturelle qui est pourtant fantastique. Mon idée alors a été de mixer les publics et de sortir les gens de leurs quartiers. J’ai travaillé dans les écoles, fait des ateliers, eu le soutien de la Fondation de France. Avec mes premiers spectateurs, j’ai vu que ça marchait. Des gens et des familles qui n’étaient jamais allés au théâtre, qui n’avaient jamais vu un ballet, découvraient le théâtre et la danse ».
Le projet s’est peu à peu structuré : l’association propose tout un ensemble de spectacles à des dates précises, mais les billets d’entrée ne sont jamais gratuits. Surtout pas de gratuité, de billets donnés pour remplir une salle en manque de spectateurs ! Le tarif demandé est faible (parfois, Artan prend en charge une partie du prix si l’adhérent est en grande difficulté). Auparavant, il aura fallu adhérer à l’association ; c’est un peu cher – 54 euros pour les personnes, 30 pour les autres. Mais, pour Carole Darier, celle ou celui qui est intéressé(e) doit s’impliquer. Ensuite, à toutes les séances, les adhérents sont accompagnés et auront participé à une rencontre avant l’entrée dans la salle. Entre eux, c’est la découverte permanente et la libre discussion. Le dispositif est double : il y a le parcours du spectateur passant d’un lieu à l’autre et l’atelier de pratique artistique.
Ce que Carole Darier appelle un parcours est un voyage à travers 60 spectacles (et expositions) et, par la force des choses, à travers la géographie de Paris. La présidente ne choisit pas la facilité. Il peut y voir des soirées très longues, des langages théâtraux difficiles à déchiffrer, des formes venues de l’étranger, des théâtres fort éloignés des domiciles. Le programme de cette saison a commencé par Data Mossoul à la Colline, le nouveau Johann Le Guillerm à la Villette et se poursuivra avec les Chiens de Navarre, Pierre Meunier, Thibault Perrenoud, Julie Deviquet… Pourquoi ces spectacles-là ? C’est un choix que Carole Darier fait avec ses interlocuteurs, les responsables des théâtres qui ont accepté la formule : accueillir à des tarifs favorables ce public généralement écarté du monde culturel. Pourquoi ces théâtres-là et pas les autres ? Parce que toutes les structures subventionnées n’ont pas voulu participer à la démarche. Les partenaires d’Artan sont le Théâtre national de la danse (Chaillot), l’Odéon-Théâtre de l’Europe, le 104, l’établissement public de La Villette, le théâtre de la Bastille, la Maison des métallos, le Monfort et le théâtre de la Colline. Parmi les salles contactées, beaucoup d’interlocuteurs n’ont pas compris l’enjeu ou l’ont refusé, préférant leur propre système d’action culturelle. La Comédie-Française a dit non, le Rond-Point et l’Opéra de Paris n’ont pas répondu. « Beaucoup disent qu’ils ont des prix bas pour les entrées à la dernière minute, précise Carole Darier. Nous ne sommes pas un public de dernière minute. » En fait, le groupe est si passionné et si créateur d’amitiés qu’il n’y a pratiquement pas de défections à chaque rendez-vous. « On sait que vous venez et que vous payez », disent sans ambages à Carole les partenaires d’Artan.
Les adhérents n’ont pas été contactés à l’occasion de campagnes conçue par des connaisseurs du terrain. Ils ont été informés de l’existence d’Artan par le bouche-à-oreille. Cela s’est su : une jeune femme oeuvrait pour la jonction des gens touchés par la précarité et les ambitieuses productions du théâtre subventionné. L’événement ne s’est développé comme une traînée de poudre, mais à petits pas patients. A présent, le temps de la discrétion devrait céder la place à une nécessaire mise en lumière. « Il faudrait qu’on connaisse davantage notre existence, dit Carole Darier. Les institutions ne s’intéressent pas assez à nous. En étant plus repérés, nous pourrons demander les subventions dont nous avons un vrai besoin. » Carole a jeté et continue de jeter toutes ses forces dans la bataille. Le groupe qui s’est constitué autour d’elle doit s’élargir. Il faut permettre aux défavorisés d’aller au théâtre et au public de ne plus être une masse uniquement bourgeoise. C’est évident. Pas mal de professionnels s’en préoccupent, selon d’autres méthodes, mais la solution mise en place par Carole Darier et quelques établissements (où l’on est particulièrement sensible à la question des exclus de la société) n’est-elle pas l’une des meilleures ?

Artan : https://wwww.artan-association.fr, artanlesartsdansletemps gmail.com

Photo DR : Des membres de l’association dans le hall du théâtre de Chaillot à l’occasion des ballets Merce Cunningham, octobre 2019.

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