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André Engel, Oeuvre théâtrale de Véronique Perruchon

par Gilles Costaz

Heurs et malheurs d’un grand perturbateur

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André Engel bénéficie enfin d’une longue étude fouillée. Il la mérite bien, lui qui a beaucoup secoué et rénové la mise en scène à partir des années 70. Les Langhoff, Chéreau et autres Planchon ont fait l’objet d’essais importants. C’est au tour d’Engel. (Tiens, au fait, rien sur Jean-Pierre Vincent ! Etrange et injuste). Véronique Perruchon, dans André Engel, Œuvre théâtrale, effectue un parcours complet – il manque seulement la mise en scène du Réformateur de Thomas Bernhard à l’Œuvre, en 2015, une reprise mais totalement réinventée, comme si l’on ne prenait pas en compte le théâtre privé. L’imagination d’Engel a, en effet, été fertile depuis un Baal de Brecht aux haras de Strasbourg, en 1976. Ensuite, les annales du théâtre ne peuvent oublier un Prométhée porte-feu de Bernard Pautrat au festival de Nancy en 1980, où un hélicoptère débarquait sur scène l’un des personnages au cours d’une action dominée par la violence policière, une Penthésilée de Kleist noyée dans la neige à Chaillot en 1980, un Dell’inferno de Pautrat toujours dans une usine désaffectée gagnée en train par les spectateurs, en région parisienne, en 1982... La liste s’allonge avec Lulu au Bataclan en 1983, Le Misanthrope à la MC 93 à Bobigny en 1985, Venise sauvée à Avignon en 1986, La Nuit des chasseurs à la Colline en 1988 (l’acteur qui y jouait Woyzek, Pascal Bongard, plongeait dans un étang à l’avant-scène et ne reparaissait pas à la surface ! Un dispositif lui permettait de s’échapper par un sas souterrain)...
La plupart de ces spectacles ont fait sortir le théâtre des théâtres. Engel est l’un des grands metteurs en scène du lieu non-théâtral. Il a changé la donne mais le vent a tourné, ramenant l’art à un classicisme que l’artiste a dû adopter. Ce sont les heurs et malheurs d’un grand perturbateur. Ses récentes réalisations, Le Roi Lear (2006), Minetti (2009), ont eu lieu dans des salles académiques : l’Odéon et la Colline. Retraçant avec une précision admirative cette progression et cette fausse régression, en en développant la portée politique et philosophique, Véronique Perruchon écrit : « Dans les replis de son œuvre, le réalisme apparent de son esthétique ne s’oppose pas à la dénonciation du réel : c’est un combat vital qui se joue dans les spectacles d’Engel. Celui du public, celui du théâtre, celui de son engagement. André Engel croit au théâtre uniquement pour croire au monde. »
Les aventures d’Engel s’appuient sur les formidables scénographies de Nicky Rieti, les lumières d’André Diot, l’interprétation de grands acteurs tels qu’Anne Alvaro, Serge Merlin, Jérôme Kircher, Michel Piccoli... La presse les a beaucoup salués et beaucoup discutés. L’ouvrage retient surtout les articles des critiques favorables, comme notre amie Caroline Alexander. Les citations d’articles réservés ou hostiles sont plus rares, mais il y en a. Pourtant Engel est le type même de l’artiste qu’il faut discuter. Ses intuitions sont fulgurantes, mais ne tiennent pas toujours la distance. Qu’on pense par exemple à son Misanthrope joué dans un haras, pour nous dire qu’Alceste (interprété par Bertrand Bonvoisin) n’aimait pas les hommes et préférait les chevaux. L’idée était saisissante, mais n’était pas crédible deux heures durant. Avec Véronique Perruchon, applaudissons André Engel, et contestons-le !

André Engel, Oeuvre théâtrale de Véronique Perruchon. Editions Septentrion, collection « Arts du spectacle », 304 pages, 25 euros.

Photo DR.

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