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Critiques /

Alzheimer Project

par Michel Voiturier

Comprendre et accompagner

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La maladie d’Alzheimer est un sujet préoccupant. Le nombre de personnes qui en sont victimes ne cesse de croître. L’approche qu’en propose Angèle Baux-Godard est à la fois interne et externe, scénique et sensible.

Une fille a appris que sa grand-maman était atteinte de la maladie d’Alzheimer. La vie continue. Est donc venu le temps de comprendre ce trouble, de l’accompagner. Telle est la trame de ce seule-en-scène qui mêle vécu familial, informations scientifiques, anecdotes, réflexions.

Auteure et interprète, Angèle Baux-Godard passe de l’autobiographique à la transposition scénique, du pédagogique à la narration, du soliloque en alternance avec son dialogue à une voix adressé à sa mamie souffrante et aussi au public présent. Çà et là, il lui arrive même d’incarner l’aïeule.

Le texte balaie passé, présent, avenir, y compris les espérances médicales de la recherche des laboratoires. Il est vivant, vivace. Il parcourt les étapes du mal. Il détaille les lieux d’accueil. Évoque de possibles secrets de famille perçus dans des non-dits. Explore les sentiments et les émotions de la petite-fille. Il a des trouvailles comme « Tes phrases font des nœuds dans mon cerveau et finissent en poule.  » ou « Mais je suis sans armes contre ces buissons, ces fucking buissons de protéines Tau et je me bois la tasse sous la cascade amyloïde. »

Là se révèle le malaise face à un désordre mental qui rompt la communication entre un être et son entourage, qui a la malice de quelques intermittences de lucidité au milieu de confusions majoritaires. Elle se penche sur une parole devenue de plus en plus incompréhensible, un langage étrange parce que étranger, composé de grommelots, de néologismes délirants qui s’avère éminemment théâtral.

La scénographie se présente dans une apparence très design. Les objets du quotidien y sont présents, symboliquement en un désordre organisé ; ils sont familiers et repensés dans leurs coloris et leur géométrie. L’espace est ouvert largement mais il apparaît avec une dimension restreinte, avec un territoire à ne pas franchir au-delà en dépit des valises apprêtées en vue d’un hypothétique départ du lieu médicalisé ou de la vie. Il inclut la créativité spontanée de l’enfance et celle que la maladie à débridée dans son chaos.

Michel Voiturier

Auteure et interprète : Angèle Baux-Godard
Collaboration artistique : Clément Goethals
Scénographie : Marie Menzaghi
Mouvement : Sébastien Amblard
Création sonore : Jérémy David
Création costume : Marine Vanhaesendonck –
Création vidéo : Yasmine Yahiatene – Création Lumière : Amélie Géhin –
Photo : Pierre-Yves Jortay

En tournée : La FACT ( www.ciefact.com )

Production : Maison de la Culture (Tournai)
Coproduction : L’Ancre (Charleroi) – Théâtre Royal, Le Château de Monthelon
Soutiens : Destelheide (Dworp), Foyer socioculturel (Antoing)
Résidences : Libitum Ab Lib, Suitcase Artist Project 2019, Festival LookIN’OUT 2020
Accueil en création scénographie : Le Vaisseau

Lire  : Angèle Baux-Godard, « Alzheimer Project », Tournai, Maison de la Culture, illust. Suzanne Arhex, 2021, 44p. (6€)
Violaine Lison « Ce soir on dort dans les arbres », illust. Valérie Roullier, Noville-sur-Mehaigne, Esperluète, 48p., 2021(14€)

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