Accueil > Alto, abandon, ardeur

Critiques / Opéra & Classique

Alto, abandon, ardeur

par Christian Wasselin

La rencontre de l’altiste Antoine Tamestit et du pianiste Cédric Tiberghien nous entraîne aux confins des plus brûlantes mélancolies.

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Antoine Tamestit fait partie, avec Lise Berthaud et quelques autres, des jeunes altistes qui continuent, à la suite de Gérard Caussé, Nobuko Imaï, Youri Bachmet ou Tabea Zimmermann, à réhabiliter un instrument qui fut souvent considéré comme une voix intermédiaire. Une voie moyenne, pour tout dire, conduisant vers des paysages peu engageants. L’alto, que Mozart aimait par-dessus tout, est cependant, pour qui sait écouter, la voix de la confidence, de la chaleur tendre et sauvage. Berlioz a très vite mesuré tout ce qu’il y a de tristement passionné dans ce timbre, dans cette voix des profondeurs qui arrive à se dresser jusqu’à la plus noble des plaintes. On sait quelle nostalgie est celle de l’alto qui accompagne Marguerite dans la « Ballade du roi de Thulé » de La Damnation de Faust, on sait aussi quel vaste et magnifique poème Berlioz offrit à l’instrument en composant Harold en Italie.

C’est cette partition qui, presque naturellement, a ouvert le récital réunissant Antoine Tamestit et Cédric Tiberghien, à l’Auditorium du Louvre, le 1er avril.* Mais donnée dans la réduction qu’en fit Liszt, l’ami intime de Berlioz, quatre ans après la création de l’œuvre en 1834 dans la salle du Conservatoire. Liszt avait déjà transcrit pour piano seul la Symphonie fantastique ; cette fois, il conserve telle quelle la partie d’alto solo (en lui ajoutant quelques notes au début de la « Sérénade » pour imiter le son archaïque d’une vielle) et fait du piano un orchestre en réduction. Il est vain évidemment de comparer l’un et l’autre : un forte de quelques instruments de l’orchestre devient, au piano, un forte  ; un forte de l’ensemble de l’orchestre reste, au piano, un forte. Mais la transcription de Liszt, par sa virtuosité sensible, ferait presque de cet Harold une quatrième Année de pèlerinage, avec son Italie sauvage et rêvée, ses lieux chéris, ses souvenirs, ses solitudes.

Voix lointaine, voix aimée

Armé d’un splendide Stradivarius (c’est aussi pour un alto de Stradivarius que Paganini avait demandé à Berlioz de lui composer la partition qui devint Harold en Italie), Antoine Tamestit joue avec une belle chaleur, se permet des pppp ineffables dans la « Marche de pèlerins », exalte toute l’étrangeté métallique du passage, dans le même mouvement, joué sul ponticello (sur le chevalet). Mais le tempo de cette marche, noté Allegretto (comme le deuxième mouvement de la Septième Symphonie de Beethoven), a quelque chose d’équivoque ; c’est peut-être pourquoi Cédric Tiberghien, partenaire fraternel de l’alto-Harold, semble insensiblement accélérer vers le milieu du mouvement. On aimerait peut-être aussi un peu plus de fausse naïveté dans la « Sérénade », mais l’« Orgie de brigands » qui clôt l’œuvre, est jouée comme son esprit l’indique : sans pitié.

La seconde partie, après la faussement rassurante Romance oubliée de Liszt (1880), était consacrée à Henri Vieuxtemps, né à Verviers (Belgique), contemporain de Gounod et professeur d’Ysaÿe. Vieuxtemps fut un virtuose célèbre, il a essentiellement composé pour le violon, mais sa musique, si l’on en croit les deux œuvres au programme, répugne à l’effet. L’humeur de son Élégie convient parfaitement au timbre de l’alto et dans son unique Sonate pour cet instrument, c’est la « Barcarolle » centrale qui séduit le plus, comme si se blottissait là quelque mystérieuse tristesse du bonheur. Antoine Tamestit et Cédric Tiberghien sont très à l’aise dans ce répertoire. Ils savent donner à l’Allegro initial et au Scherzando final de la sonate cette élégance qui est aussi la marque de leur duo.

* Programmé en septembre dernier, cette soirée avait dû être reportée.

photographie : Antoine Tamestit et Cédric Tiberghien (dr)

Berlioz/Liszt : Harold en Italie – Liszt : Romance oubliée – Vieuxtemps : Élégie op. 30 – Sonate op. 36. Antoine Tamestit, alto ; Cédric Tiberghien, piano. Auditorium du Louvre, 1er avril 2015.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.