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Critiques / Théâtre

Albertine Sarrazin par Mona Heftre

par Gilles Costaz

Vie et mort d’une étoile filante

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Un film remet dans l’actualité le récit d’Albertine Sarrazin, L’Astragale. En même temps, un spectacle fait revivre la brève existence de cet écrivain au destin météorique. Née du mauvais côté de la société (enfant abandonné, Albertine grandit à l’Assistance publique ; une fois adoptée, elle est lâchée par ses parents adoptifs qui la larguent dans une maison de correction), elle fut sauvée de la marginalité, de la prostitution, de la prison par l’écriture et par l’amour. Sauvetage qui annonçait des années heureuses mais dont le bienfait ne dura quelques années. Une erreur de diagnostic, lors d’une opération, lui coûta la vie, alors qu’elle n’avait pas 30 ans. Il reste ses livres que Jean-Jacques Pauvert publia dès qu’il les reçut, à partir de 1965, et dont le succès fut immédiat. Mona Heftre a puisé dans ces divers ouvrages pour composer un monologue qui conte la folle course de cette étoile filante.
Vêtue de noir, la chevelure argentée, les yeux ardents, Mona Heftre joue sans filet et sans décor. Elle va, vient, bouge, saute, s’asseoit et se couche à même le sol, se met dans l’ombre et se projette dans la lumière. Elle fait vibrer la prose et les chants (très beaux poèmes d’Albertine Sarrazin mis en musique). Elle joue un jeu étrange et fascinant avec ses chaussures : elle est en même temps une sauvage et une civilisée, une pauvre qui vole ou adopte des lambeaux de la vie des riches. Manon Savary a réglé la soirée comme une fuite dans la nuit, en y inscrivant de nerveuses images noir et blanc où survivent la belle Albertine et le Paris d’alors. C’est vif comme un film noir où l’héroïne prend des coups, reprend son souffle et gagne son pari avant de mourir. Mona Heftre est l’actrice idéale pour un tel rôle, pour un tel cri, pour un tel hommage où rien n’a le temps de s’appesantir. Elle a un éclat personnel fait de gravité, de gaieté moqueuse et de beauté qui défie les canons du savoir-faire et du savoir-paraître. Grâce à elle, nous prenons Albertine dans nos bras et ses mots étincelants dans les souvenirs qui nous seront chers.

Albertine Sarrazin, une vie de cavale, d’après l’œuvre d’Albertine Sarrazin, adaptation et interprétation de Mona Heftre, mise en scène et vidéos de Manon Savary, lumière de Pascal Noël, musique de Camille Rocailleux, scénographie d’Yves Bernard..

Poche-Montparnasse, 21 h, tél. : 01 45 44 50 21, tél. : 01 45 44 50 21, jusqu’au 3 mai. (Durée : 1 h 15).

Photo Louis Descamps.

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