Thomas Adès dirige Adès et Sibelius à Radio France le 10 avril

Adès et Sibelius par Adès

Thomas Adès fait sourdre peu à peu les sonorités telluriques de Sibelius mais reste à la surface de sa propre musique.

Adès et Sibelius par Adès

EN 2007, THOMAS ADÈS ÉTAIT LE HÉROS, à Radio France, du Festival Présences. Depuis lors, nous avons eu l’occasion de découvrir ses opéras, notamment Powder her Face à l’Athénée et The Exterminating Angel à l’Opéra Bastille, cet ouvrage ayant permis à Calixto Bieito de momentanément retrouver de l’inspiration et au compositeur de montrer ses qualités de chef d’orchestre. Revoici Thomas Adès, à l’invitation de Radio France, en tant que chef et compositeur, dans un programme fort bien balancé comprenant deux œuvres de son cru et deux partitions de Sibelius.

Tout commence par Tapiola, l’ultime œuvre symphonique de Sibelius, créée il y a cent ans à New York alors que le compositeur avait encore trente ans à vivre – trente ans de retraite et de silence qui nous laissent frustrés même s’il faut admettre qu’un artiste, une fois qu’il a dit l’essentiel, préfère ne pas se répéter. Thomas Adès se montre assez timide avec cette page aussi cosmique qu’énigmatique, dont il gomme une partie de la tension et du souffle la parcourant de part en part. Il se rattrape dans la seconde partie de la soirée avec une splendide Septième Symphonie, antérieure de deux ans à Tapiola et conçue également en un seul mouvement d’une vingtaine de minutes où il est question de cosmogonie, de fièvre solaire, d’hymne à la nature, d’euphorie et d’âpreté tout à la fois. L’Orchestre philharmonique de Radio France, rompu à cette musique grâce à Mikko Franck (son directeur musical jusqu’à la fin de la saison 2024-2025), retrouve toute son énergie et son relief, et nous conduit à des sommets.

La fugue et la circulation

Entre-temps, on a pu assister à la création française d’In Seven Days (2008), faux concerto pour piano de Thomas Adès qui est plutôt un vaste cycle de variations, lui aussi d’un seul tenant, avec piano principal. Le temps de quelques mesures, on se croirait au XVIIIe siècle à la faveur d’une fugue introductive qui n’en est pas une et qui, partie des cordes, gagne peu à peu tout l’orchestre. Jusqu’à la fin, Adès multiplie les clins d’œil à Bach et à toutes les figures du contrepoint, fait jouer le piano dans le grave puis dans l’aigu d’une manière moins répétitive qu’obsessionnelle, cependant que l’orchestre va du très doux au très fort puis de nouveau au très doux, une brève cadence du soliste précédant la coda. Il y a là trois flûtes, une clarinette basse, un contrebasson, bref : un orchestre qui donne du fil à retordre au soliste. Bertrand Chamayou défend toutefois avec brio cette musique peu captivante, dont même l’énergie du chef-compositeur peine à nous restituer les enjeux. Précisons qu’au départ cette partition était destinée à accompagner une vidéo abstraite de Tal Rosner, et qu’elle fut créée dans ces conditions en 2008 au Royal Festival Hall de Londres.

Plus festif est Aquifer, créé en 2024 à Munich sous la direction de Simon Rattle, qui permet à Thomas Adès d’installer un climat sonore luxueux et lancinant, avec au comble du fortissimo un épisode qui semblerait presque dansé, les cors marquant la cadence dans une espèce de folle euphorie. La musique se calme, puis enfle de nouveau dans un martèlement percussif un peu vain, comme si Thomas Adès voulait à toute force jouer des instruments à sa disposition pour faire vibrer l’aquifère, c’est-à-dire « le terrain se prêtant à l’emmagasinement et à la circulation de l’eau », comme l’explique Hélène Cao dans le programme de salle, ou encore « la couche géologique imprégnée d’eau et à la base d’un gisement de pétrole ». Certes, la musique jaillit de tous les pupitres du Philhar, à la manière aussi d’un feu d’artifice, mais elle nous semble rester au stade de la démonstration ou de l’exercice de style.

Illustration : Thomas Adès (photo dr)

Sibelius : Tapiola - Thomas Adès : In Seven Days, concerto pour piano (création française) – Sibelius : Symphonie n° 7 - Thomas Adès - Aquifer (création française). Bertrand Chamayou, piano ; Orchestre philharmonique de Radio France, dir. Thomas Adès. Maison de la radio et de la musique, 10 avril 2026.

A propos de l'auteur
Christian Wasselin
Christian Wasselin

Né à Marcq-en-Barœul (ville célébrée par Aragon), Christian Wasselin se partage entre la fiction et la musicographie. On lui doit notamment plusieurs livres consacrés à Berlioz (Berlioz, les deux ailes de l’âme, Gallimard ; Berlioz ou le Voyage...

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