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Critiques / Théâtre

A quoi pensent les femmes quand elles se démaquillent ? de Fabienne Jacob

par Gilles Costaz

Traversées de miroirs

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Devant leur miroir, les femmes se regardent bien au-delà de leur image. Elles se démaquillent des stéréotypes féminins que font régner la société d’aujourd’hui et tout le marché de l’image glamour. C’est, en tout cas, ce que conte la belle œuvre romanesque de Fabienne Jacob dont est tiré le spectacle de la Compagnie L’Aire de jeu, A quoi pensent les femmes quand elles se démaquillent ? Les deux interprètes-adaptatrices-metteurs en scène, Danièle Douet et Sylvia Folgoas, ont mis en continuité des fragments de deux livres de Fabienne Jacob, Corps et Mon âge. Les deux ouvrages sont jumeaux : le premier tournait autour de l’enveloppe humaine, le second autour du vieillissement. Fabienne Jacob tourne le dos aux magazines prescripteurs de séductions cosmétiques. Elle connaît le mensonge et la vérité des apparences. Elle dit, par exemple – et on l’entend dans le spectacle : « Dans le temps d’une femme qui se démaquille une seule minute peut durer des heures, des jours entiers ; une minute peut la précipiter dans un long vertige ». Ou bien : « Le corps est la dernière chose qui nous reste, le corps est la première est la dernière chose, de la naissance à la mort on a le même. Ne croyez pas ceux qui vous disent que le corps. Il ne change pas ». Cette écriture semble caresser, affleurer. Et, pourtant, elle va au plus profond, dans une vérité à fleur de peau et à fleur d’âme.
Au centre d’une scène à peu près nue – le spectacle peut se donner dans les lieux les plus divers, nous l’avons vu dans l’espace de Babelio à Paris, une verrière construite au temps de l’Art nouveau -, les deux actrices sont en vis-à-vis, de chaque côté d’une petite table où elles ont chacune un miroir où s’observer. Mais elles se déplacent, tournent, traversent la salle, frôlent le public. Leurs voix sont musicales. D’infinies inflexions. Jamais de cri. On est à la frontière de l’intime et de la conversation, ou plutôt aux différentes frontières, car les tons sont variés, puisque les rôles changent – la femme en train de se voir, la femme plongée dans sa pensée, la femme dans le vagabondage de son cerveau, la femme formulant ses idées consciemment ou inconsciemment… - et parce que la phrase de l’auteur bouge comme une onde, saisissant des impressions aux nuances délicatement dissemblables. La surprise est qu’on rit beaucoup : Fabienne Jacob ne se prive pas de se moquer des contradictions de l’être humain et de ses dialogues avec l’idée de beauté. Sylvia Folgoas ajoute à sa sensibilité une malice très agile, Danièle Douet a un large éventail d’émotions secrètes. L’exercice revendique « d’empoigner et de délivrer à deux un texte littéraire ». La tentative est réussie au-delà du genre du récital. Danièle Douet et Sylvia Folgoas atteignent à cette ligne de crête entre art dramatique et art de l’écrit où tant d’autres chutent à trop rester dans le verbe froidement articulé. Avec elles, texte et théâtre s’embrasent dans une fusion particulière qui parle étonnamment à notre cœur de spectateur-lecteur.

A quoi pensent les femmes quand elles se démaquillent ? de Fabienne Jacob d’après Corps (Buchet-Chastel) et Mon âge (Gallimard), adaptation et mise en scène de Sylvia Folgoas et Danièle Douet, avec Sylvia Folgoas et Danièle Douet. Compagnie L’Aire de jeu, rdjcompagnie gmail.com, 06 98 60 34 63. Se renseigner auprès de la compagnie pour les prochaines représentations.

Photo Chantal Cavalerie.

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