A l’orée du bois de Pierre-Yves Chapalain

Un flop dans le In

A l'orée du bois de Pierre-Yves Chapalain

Un spectacle du In est itinérant. Il va d’un patelin à un autre pour une décentralisation généreuse. Cette année, une histoire mystérieuse implantée dans un milieu rural.

L’histoire se présente d’une certaine façon comme celles qu’on racontait jadis au coin du feu, du temps des soirées d’avant l’avènement de la télé. On aimait y relater de ces légendes liées à des lieux dits, à des disparitions restées inexpliquées, à des crimes non résolus. Tel semblait le propos de Pierre-Yves Chapalain, auteur, metteur en scène et comédien dans « A l’orée du bois ».

Un décor de vieux cageots imbriqués, insolite, intrigant, énigmatique laisse présager l’imprévu. Voici que débarque, en chaise roulante, la maire du village. Elle esquisse une atmosphère en parlant de fêtes nocturnes, des sortes de ‘rave party’ qu’on n’arrive pas à localiser. Elle met en garde ses concitoyens installés dans la salle.

Arrive un habitant, installé récemment dans le coin. Il semble n’avoir pas tout à fait la mentalité rurale qui aurait facilité son intégration. Il parle de ses insomnies, de disparations nocturnes provisoires de son épouse, de ses inquiétudes et de ses doutes. Celle-ci ne tarde par à surgir à son tour, jeune, dynamique, désireuse de festif. Elle exprime sa joie de vivre et de profiter du présent.

Le trio de base est planté. Un minimum d’informations a esquissé une possibilité d’histoire. Hélas, la suite des monologues et des dialogues se déroule de manière purement sous forme de déclaration purement informative. Tout se dit. Tout est explicatif. Pas l’ombre d’un vrai non-dit. Aucune zone ténébreuse dans l’énoncé des faits. Guère de potentialité d’une véritable tension entre la représentante de la loi et les éventuels fauteurs de désordre. Pas réellement de rupturer entre le mari insomniaque et bougon et sa jeune compagne frétillante, chacun ayant de bonnes raisons d’être comme il est. Les antagonismes qui permettent à un récit de rebondir s’évaporent entre les phrases.

Le texte se révèle donc plat, banal, sans éclat, simplement évoquant un quelconque éventuel début de fait divers qui n’a pas lieu. Il ne se passe rien. La parole va de l’un à l’autre tandis qu’un musicien un peu perdu joue de son banjo électrique et fait planer de temps à autre une vague rythmique de basses répétitives censées venir de loin et suggérer quelque rassemblement occulte au fond d’une nuit supposée forestière.

Le temps avance. Les paroles se succèdent. Le discours persiste dans le creux. Difficile de glisser le moindre suspense, la moindre velléité de violence qui déclencherait une action, une péripétie, un élan. A part l’usage inopiné d’une perruque plutôt ridicule dont on a l’impression qu’elle pourrait éventuellement laisser subodorer que le conjoint appartiendrait à on ne sait trop quelle espèce de monstre du Gévaudan, voire à quelque sorcier envouteur et suborneur.

Alors, soudain, les mots s’arrêtent. Dommage que cela n’ait jamais commencé. Mais par Belzébuth que cachaient donc les cageots ?

Avignon In 2022 Salle Roger Orlando Caumont-sur-Durance 19 juillet 20h
Salle polyvalente Saze 20 juillet 20 h
Centre départemental de Vaucluse Rasteau 21 juillet 20 h
Cour du Château Vacqueyras 22 juillet 20 h
Salle de l’Arbousière Châteauneuf-de-Gadagne 23 juillet 20 h
Salle la Pastourelle Saint-Saturnin-lès-Avignon 25 juillet 20 h
Pôle culturel Camille Claudel Sorgues 20 h

Pierre-Yves Chapalain, Madeleine Louarn, Kahena Saïghi
Texte : Pierre-Yves Chapalain
Mise en scène : Pierre-Yves Chapalain, Kahena Saïghi
Musique : Pablo Pensavalle
Assistanat à la mise en scène : Jonathan Le Bourhis
Production : Espace des Arts Scène nationale Chalon-sur-Saône, Compagnie Le temps qu’il faut
Soutien : Drac Bretagne – ministère de la Culture
Partenariat : France Bleu Vaucluse
Photo © Christophe Raynaud de Lage, Festival d’Avignon

A propos de l'auteur
Michel Voiturier
Michel Voiturier

Converti au théâtre à l’âge de 10 ans en découvrant des marionnettes patoisantes. Journaliste chroniqueur culturel (théâtre – expos – livres) au quotidien « Le Courrier de l’Escaut » (1967-2011). Critique sur le site « Rue du Théâtre » (2006-2021)....

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1 Message

  • A l’orée du bois de Pierre-Yves Chapalain 26 juillet 23:23, par isabelle brannens

    Bonjour

    le banjo électrique s’appelle un charango, instrument traditionnel d’Amérique du Sud ;

    cordialement
    IB

    Répondre au message

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