25 ans de découvertes

Les Hauts de Hurlevent en tempête musicale

25 ans de découvertes

Le Festival de Radio France et Montpellier fête son 25ème anniversaire. Un quart de siècle de fêtes où se conjuguent les « musique pour tous » et les « musiques oubliées », les concerts gratuits tous les jours à 12h30 et à 18h, jeunes solistes pour la pause déjeuner et ensembles confirmés à l’heure de l’apéritif des fins d’après-midi. Avant de céder la place en soirée aux œuvres à redécouvrir, marotte indélébile de René Koering, créateur et directeur de l’événement estival annuel du Languedoc Roussillon.

L’édition 2010 rassemble, outre les rendez-vous quotidiens ouverts à tous, six opéras, cinq concerts symphoniques, trois récitals, des concerts d’orgue, de musiques du monde, de reggae, de jazz, des films sur la musique, des stars consacrées et des vedettes en devenir, en centre ville - Corum, Opéra Comédia, Théâtre de l’Agora, Musée Fabre…, en banlieue - de Ballargue à St. Drézéry - et en régions –d’Alayrac à Toulouges - pour tous les âges et tous les goûts, jusqu’au grand concert de clôture qui sera à fredonner en chœur sous l’appellation « Encore des tubes, rien que des tubes » -

C’est évidemment la chasse aux trésors de l’art lyrique qui mobilise les appétits les plus curieux. Le coup d’envoi fut donné lundi 12 juillet par la résurrection de l’Andromaque du Franco-Liègeois André Ernest-Modeste Grétry qui n’avait plus été joué depuis 1781 (voir article webthea du 16 juillet 2010) et qui, sur la scène de l’Opéra Comédie, aura été le seul ouvrage à être présenté en version scénique. Tous les autres – Piramo e Tisbe de J.A. Hasse, Artemisia de F. Cavalli, l’Etranger de V. d’Indy, seront exécutés en version de concert.

Mise en musiques de films mythiques

Comme ces Hauts de Hurlevent de Bernard Herrmann qui fit l’ouverture de la série au deuxième jour du festival. Œuvre étrange et foisonnante d’un compositeur qui consacra son génie à mettre en ambiance quelques uns des plus grands films du patrimoine cinématographique américain, d’Orson Welles- le mythique Citizen Kane, La Splendeur des Ambersons - à Alfred Hitchcock - La mort aux trousses, Psychose, Vertigo, les Oiseaux pour ne citer que les plus célèbres - jusqu’à Martin Scorsese et son non moins mythique Taxi Driver, en passant par François Truffaut..

Né à New York en 1911 dans une famille juive émigrée de Russie, mort en 1976, élève de la célèbre Julliard School, il passa sa vie entre New York et Hollywood et composa les bandes son de plus de cinquante films, leur apportant le savoir faire et l’inspiration d’un fin lettré des musiques de son temps, connaissant aussi bien Tchaïkovski, Ravel et Debussy que Charles Ives et Edward Elgar. Un peu à la manière de son aîné Korngold, l’auteur de La Ville Morte, dont on retrouve la densité et l’art quasi pictural de mettre en vibrations des paysages et des états d’âme. Outre ses musiques pour le cinéma et pour la télévision, Herrmann, composa des pièces de concert, des symphonies, une cantate et un seul opéra, Wuthering Heights / Les Hauts de Hurlevent.

Friand d’atmosphères glauques et de destins tarabiscotés, rien d’étonnant à ce qu’il ait été séduit par l’unique roman d’Emily Brontë imaginé dans les landes du Yorkshire dont le cinéma se constitua une réserve. William Wyler en tira en 1939 le film le plus connu (avec Laurence Olivier, Merle Oberon, David Niven). Comme lui Herrmann utilise le découpage en flash back et se cantonne à la première partie du roman, aux amours de Heathcliff et de Cathy jusqu’à la mort de celle-ci et lui suggère une fin où les esprits des deux amants se retrouvent.

Chef d’oeuvre en attente de reconnaissance

Herrmann confia l’écriture du livret à sa première épouse Lucille Fletcher qui tira du roman des dialogues vifs et poétiques. Il les habilla d’une musique opulente où les harpes et les contrebasses se transforment en cris d’oiseaux, où les violons et violoncelles font hurler les tempêtes, où les cuivres rodent tels des fantômes autour des percussions. Des leitmotivs reviennent en rondes sentimentales, c’est riche, ample, généreux. Et très long ! Près de trois heures en quatre actes dont Herrmann, qui avait, dit-on, un fichu caractère, refusa de couper le moindre couplet. Ce qui explique sans doute que l’opéra commencé en 1943, achevé en 1951, attendit 1996 pour être créé en version de concert aux frais du compositeur. Il ne connut ensuite qu’une brève et posthume prestation scénique en 1982 à Portland. Avant de rejoindre les archives des œuvres et chefs d’œuvre en attente de reconnaissance.

Tout feu, tout flamme, en douceurs et en rages

Sous la direction vif argent d’Alain Altinoglu, l’orchestre national de Montpellier Languedoc Roussillon fait jaillir des couleurs à la hauteur de l’enjeu. Tout feu, tout flamme, en douceurs et en rages, la musique d’Herrmann trouve son juste souffle. Le chœur du groupe vocal Opera Junior, en voix off et durant une brève apparition sur scène, agit de même. Magnifique distribution des rôles avec Laura Aikin au legato de velours dans le rôle de Cathy et le baryton israélien Boaz Daniel dans celui de Heathcliff, le timbre aussi charpenté que les épaules, navigant sans fléchir entre tendresses et colères. Vincent Le Texier endosse en force et folie le rôle de Hindley, le violent, l’alcoolique, la basse Jérôme Varnier prend celui de Joseph le serviteur lâche et la toujours superbe Hanna Schaer rend à Nelly la gouvernante toute les dimensions de ses craintes et de son humanité. En Isabel Linton, la sœur amoureuse et sacrifiée, la jeune mezzo Marianne Crebassa révèle une tessiture dorée qui devrait lui ouvrir bien des portes. Toujours efficace Nicolas Cavallier se contente de la courte intervention de Mr. Lockwood dans le prologue qui ouvre la boîte aux rêves et aux cauchemars.

Reste à attendre une réalisation scénique qui, moyennant quelques coupures d’inutiles redites, devrait titiller l’imagination d’un certain nombre d’hommes de théâtre.

Wuthering Heights / Les Hauts de Hurlevent de Bernard Herrmann d’après le roman d’Emily Brontë, livret de Lucile Fletcher. Orchestre National de Montpellier Languedoc Roussillon, groupe vocal Opera Junior. Direction Alain Altinoglu. Avec Laura Aikin, Boaz Daniel, Vincent Le Texier, Hanna Schaer, Yves Saelens, Marianne Crebasse, Jérôme Varnier, Nicolas Cavallier.

www.festivalradiofrancemontpellier.com

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage, elle...

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