24ème NUIT DES MOLIERES

Une soirée menée tambour battant par la famille Drucker marquée par l’exceptionnel Laurent Terzieff.

24ème NUIT DES MOLIERES

Le rendez vous tant attendu de la Cérémonie des Molières était cette année pimenté par les nouveautés et les innovations concoctées par les organisateurs. La grande fête du Théâtre Privé et du Théâtre Public se décentralise, le théâtre des opérations n’est pas dans la capitale mais dans les hauts lieux de la décentralisation, la Maison des Arts de Créteil surnommée le MAC. A l’annonce du lieu, les oiseaux de mauvaises augures, qui reviennent dès l’annonce des nominés, avaient prédit qu’il n’y aurait personne dans la salle. Les mêmes se gaussaient : faudrait-il mettre un bleu de chauffe pour se rendre à la soirée et le cocktail serait une grande saucissonnade. Les faits ont réfutés ces prédictions. De mémoire d’organisateur de Molières jamais les réponses pour confirmer la venue à la soirée furent aussi rapides et nombreuses. La tenue de soirée fut à peu prés respectée, et nous suggérons aux organisateurs un point de repassage pour certains nommés qui semblaient sortir d’un voyage de 80 jours ! Quant au cocktail, il fut fastueux et très fréquenté par des gens affamés.
L’organisation avait prévue des navettes reliant Paris au Mac, et tout était signalisé. Il fallait mettre beaucoup de volonté pour se perdre.

Est-ce le fait d’être décentralisé, mais l’ambiance était légère, on pouvait aisément parler aux futurs nommés et déçus. Il est toujours amusant de passer d’un groupe à l’autre, on entend « J’ai voté pour toi » que la même personne confiera comme un secret de Polichinelle à plusieurs impétrants. Il y a aussi le fameux « De toute façon, je sais depuis longtemps qui va gagner ! » confié avec des airs de conspirateur d’opérette et le « C’est un scandale que Truc (ou Machin) ne soit pas au palmarès ». A Dieu que ce monde est badin !

A l’audimat du photo call (un endroit où les photographes accrédités gueulent pour avoir « the » photo) Laurent Terzieff et Virginie Lemoine sont les grands gagnants.

Pour mettre tout ce petit monde de bonne humeur, le champagne est servi généreusement et c’est à regret que les invités rejoignent la salle. On nous demande d’être un peu sage pendant le direct avec le JT, d’éteindre nos portables, ce parasite des salles, et de regagner nos fauteuils dont le dossier est orné d’un transparent à notre nom, une reconnaissance que certain emmène précieusement pour le montrer aux générations futures « J’y étais ! ».

Un lever de rideau pour Booster l’audimat !

Autre innovation pour cette 24ème cérémonie un lever de rideau, France télévisions lasse d’avoir les soirs de Molières une fréquentation en berne, a proposé de débuter la soirée avec une pièce, excellente idée que l’on s’étonne de ne pas l’avoir eu avant. Feu la Mère de Madame, une pièce de Georges Feydeau, qui ne connaît pas de saison théâtrale sans être à l’affiche, est un choix judicieux. La grande fête du théâtre privé et du théâtre public est également le fruit de tractation hautement diplomatique où la chère Irène Ajer, Présidente des Molières excelle. Il faut que dans la balance du privé et du public qu’il y ait autant de nominations de part et d’autre et pour la distribution de la pièce, il en fut de même...

Emmanuelle Devos, Patrick Chesnais, Christine Murillo, et Sébastien Thiéry jouent sous la direction un peu molle de Jean-Luc Moreau. Le décor immaculé de Stéphanie Jarre, le manque de rythme des premières minutes nous font presque regretter les remerciements à rallonge des « Molièrisés ». Mais Feydeau reprend ses droits et la salle de professionnels, par définition un peu blasée, rit. La composition de Christine Murillo recueille tous les suffrages.
Les comédiens viennent saluer devant le rideau rouge du Mac, pendant ce temps où les applaudissements furent fournis, on entend les machinistes installer le pupitre des présentateurs.

Michel Drucker et Marie Drucker entrent sur scène, il est élégant, elle est magnifique.

Le savoir faire du premier n’est plus à découvrir et il a dans ses émissions, si souvent inviter des comédiens que sa légitimité est une évidence. De touchante façon, il rend hommage à son frère Jean Drucker, qui fut le premier PDG de chaine à permettre aux Molières de voir le jour.
La présidente d’honneur est Line Renaud. On se souvient de la pitoyable facétie de Laurent Baffie qui avait décerné un Molière à Line Renaud mettant dans l’embarras les organisateurs, ils leur manquaient une statuette pour la remettre, et la pauvre Line Renaud ne savait quelle attitude adopter. La goujaterie du trublion est désormais aplanit car Irène Ajer a demandé à cette grande Dame des scènes d’être la présidente d’honneur de cette soirée. Avec humour et un sens consommé des planches, elle fera un discours sur sa carrière, car Line ne renie rien et sait qu’elle doit tant à la chanson avec des textes qui sans être des chefs d’œuvre de philosophie ont donné du bonheur à un public reconnaissant.

Et le Molière est attribué à ……

La remise des prix débute en beauté et en honneur puisque Laurent Terzieff reçoit le Molière du comédien. Fait historique dans les annales des Molières puisque Laurent Terzieff est nommé pour deux rôles : Philoctète dans la mise en scène de Christian Schiaretti (théâtre public) et pour L’Habilleur (théâtre privé).
La salle se lève spontanément comme une seule vague pour saluer, non seulement le comédien, non seulement le metteur en scène mais l’honneur d’une profession.
Voir Laurent Terzieff est un privilège, sa stature haute un peu vouté, ses yeux intenses qui éclairent un visage émacié et cette voix à nulle autre pareille qui sait si bien manier le verbe.
Ses interventions sont toujours frappées par le sceau de l’intelligence, d’une profonde humanité.
« Le théâtre ne se laisse pas enfermer dans les clivages ou les étiquettes………. » son intervention serait à lire dans les conservatoires et à inscrire en lettre de feu sur les frontons des théâtres.

Le Molière de la comédienne dans un second rôle surprend Claire Nadeau qui, il est vrai, était un peu en outsider face à Isabelle Sadoyan formidable dans Les Fausses Confidences. Émue, sincère elle sera comme le souhaite France 2 concise et drôle. Elle citera ses partenaires de La Serva Amorosa, mise en scène par Christophe Lidon,

Le Molière de la pièce comique récompense l’un des plus gros succès de la saison le trépidant Les 39 marches, Eric Métayer salue bien sûr ses partenaires qui viennent sur scène et fait un hommage à la ligue d’impro dont il fut l’un des fleurons.

Il n’y a plus de Molière d’Honneur mais des hommages à Jean Anouilh et à Jean-Louis Barrault. Jean Anouilh sera mieux loti que Barrault puisque Michel Galabru nous fera une petite allocution dont il a le secret. Il nous racontera comment, alors qu’il répétait Les Poissons Rouges Jean Anouilh qui savait diriger ses comédiens, fera plier le genou au terrible Jean-Pierre Marielle. Pour Barrault, un film hélas sans sous titres pour expliquer qui, que quoi, où, sera un piètre hommage pour le grand homme de théâtre.

Le Molière du comédien dans un second rôle est décerné à l’excellent Henri Courseaux pour La Nuit Des Rois. Il fait référence au grand philosophe qui a dit « Si tu n’as pas de (une certaine montre que nous ne pouvons citer) à 50 ans tu as raté ta vie » Il sait qu’avec ce Molière il vient de réussir sa vie et une longue lutte contre l’arthrose. Comédien atypique qui est de surcroit un chanteur plein de poésie.


Le Molière de la révélation théâtrale féminine et masculine

donne lieu à ces petits pataquès qui illuminent une soirée puisque Marie Drucker ouvrira malgré elle, une enveloppe contenant le nom de la révélation masculine.
Alice Belaïdi est récompensée pour Confidences à Allah, elle est lumineuse. Guillaume Gallienne, tout sociétaire de la Comédie Française qu’il est, est terriblement ému. Guillaume et les Garçons à table est un chef d’œuvre d’humour et, il est tout simplement prodigieux. Espérons que l’honorable maison saura lui proposer des rôles dignes de son talent si inventif.

Le Molière de la comédienne est reçu par la magnifique Dominique Blanc pour La Douleur
Le mot juste et simple, elle fera une belle dédicace à Laurent Terzieff : « C’est pour des gens comme vous que l’on choisit de faire ce métier. » C’est pour des comédiennes comme vous que nous allons au théâtre, madame.
Jean-Paul Farré échevelé comme toujours recevra le Molière du théâtre musical, il en profitera pour égratigner le ministère de la Culture.
« A qu’il était doux le temps ou j’endormais la cérémonie des Molières » doit se dire Frédéric Mitterrand, Ministre de la Culture et de la Communication. Les récriminations syndicales furent dites par Nicolas Bouchaud et le ministre eut la mauvaise idée de répondre, et oui l’exercice du pouvoir n’est pas une sinécure.

Le Molière du Théâtre Public est attribué aux Naufragés du Fol Espoir. Ariane Mnouchkine qui a refusé à titre individuel le Molière de la mise en scène a permis à sa troupe d’y accéder. Le spectacle est époustouflant de talent et d’invention, une superbe épopée. Ce qu’il y a de bien avec le Théâtre Du soleil est que la troupe vient toujours en nombre. Le grand plateau est remplit en 2 minutes.

Le Molière du metteur en scène est attribué à Alain Françon que l’on avait rarement vu aussi hilare, sa Cerisaie fut l’un des grands succès du théâtre de la Colline.

Et dans le désordre on regrettera que le spectacle de Joël Pommerat, Cercles/Fictions ne soit pas plus distingué, que le rire lors de la cérémonie fut si absent, que les hommages à Pierre Vaneck que nous aimions tant, au grand Georges Wilson et à Jean-Paul Roussillon ne furent pas plus denses. Mais le bilan de cette soirée new look est très encourageant et surtout elle se termine en apothéose avec le Molière du Théâtre Public décerné à L’Habilleur dans la mise en scène de Laurent Terzieff,
Cet homme bouleversant devrait être comme au Japon reconnu comme trésor vivant. Sa gentillesse, son humilité, sa disponibilité sont des exemples. Son sacre lors de cette soirée est naturel mais voir cet homme digne qui se bat pour faire du théâtre de qualité, avec des spectacles qui vont vers l’intelligence et l’amour de son art, force le respect.

Après tant d’émotion, l’honorable assistance se précipite sur les nombreux buffets, autant d’oasis pour se désaltérer après la canicule de la salle. Guillaume Gallienne ne se remet pas de ce Molière, Henri Courseaux est épanoui comme un gamin qui a remporté sa première coupe.
L’ambiance est bon enfant, un peu étouffante. Demain sera un autre jour mais le public aura-t-il envie d’aller au théâtre ???
Cela est la vraie question.

A propos de l'auteur
Marie-Laure Atinault
Marie-Laure Atinault

Le début de sa vie fut compliqué ! Son vrai nom est Cosette, et son enfance ne fut pas facile ! Les Thénardier ne lui firent grâce de rien, théâtre, cinéma, musée, château. Un dur apprentissage. Une fois libérée à la majorité, elle se consacra aux...

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