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Cette pièce est-elle vraiment du théâtre ? Vous soulevez la question et je me la suis posée pendant toute la durée de la pièce, tellement la forme est étrange.
Il faut avant tout préciser que les metteurs en scène ont choisi de reproduire là une forme de théâtre datant de 2000 ans basée sur le récit, qui ne laisse pas de place à l’action.
On n’y voit donc peu de dialogues, mais plutôt des monologues déclamés. Les procédés vidéo fonctionnent pour poser une ambiance fantasmagorique et apporter une variation dans ce flot ininterrompu de mots. Les voix superposées et légèrement décalées créent un écho qui vous rappelle que vous êtes à la lisière entre chimère et réalité, cela fonctionne... un temps.
Entre des mots, d’autres mots qui finalement finissent pas provoquer des maux.
Eh oui car la question subsiste : si l’on respecte scrupuleusement la forme du théâtre adopté il y a 2000 ans, on n’inclut pas de vidéo. Mais si l’on commence à moderniser l’approche, avec l’insertion des vidéo, on va jusqu’au bout dans la démarche d’adaptation, quitte à jouer des parties du texte pour que le tout soit plus digeste pour un public lambda, gavé de clips et d’images en cut.
Car la rupture entre notre quotidien logovore et le monologue dépouillé est trop brutale pour que l’on entre de plain pied dans l’oeuvre en y étant happé. Le procédé fonctionne au début et, après 45 minutes, durée de concentration moyenne de l’individu, la beauté des mots vous noie. C’est dommage car cela rend l’exercice contre productif.
Les comédiens eux-mêmes doivent sentir qu’il y a un risque de perdre la public car parfois ils accélèrent leur débit - peut-être pour apporter quelques nuances et ainsi garder l’attention du spectateur ?
Ce qui m’a aussi beaucoup déstabilisé réside dans le découpage du récit, mais peut-être est-ce lié à l’oeuvre de Sénèque elle-même. La pièce se nomme Agamemnon. Or, on ne voit l’intéressé que 5 minutes, pendant lesquels ce tyran est tout prévenant, loin du monstre tant décrié pendant la pièce.
Du reste, la narration est déséquilibrée, la fin du despote précité est expédiée en 5 minutes à la fin, avec une négligence de fin de pellicule, en conclusion d’une narration hyper dense passant notamment par les états d’âmes de Clytemnestre, le récit du marin Eurybate et les visions de Cassandre. Passages bien joués, mais longs et trop bavards.
Bref, vous l’aurez compris : à la fin je suis resté sur ma faim en me disant que si l’on n’est pas un spécialiste du sujet avant de venir voir la pièce, elle ne s’adresse pas à vous. Aucun effort de pédagogie n’est employé.
Donc, à la question posée en préambule : cette pièce est-elle du théâtre ? Je répondrai oui, mais dans sa branche expérimentale et élitiste, à 100 lieues d’une approche populaire. On est très loin du théâtre des "enfants du paradis" et c’est bien dommage. De toute façon, à 26 euros la place qui peut sérieusement parler d’un théâtre populaire ? Je pensais que le théâtre avait pour vocation d’éveiller les masses, j’ai dû me tromper d’époque.