Paris, Théâtre de la ville
Woyzech, La Mort de Danton, Léonce et Léna de Georg Büchner
Vaste entreprise

Georg Büchner fait figure de météore dans le paysage théâtral allemand du XIXe siècle. Auteur de trois pièces de théâtre, dont une inachevée, il meurt à 23 ans du typhus, en 1837. On peut comprendre que Ludovic Lagarde n’ait pas résisté à la tentation de mettre en scène l’intégralité de l’œuvre sous la forme d’une trilogie. Le sous-titre « désir et pouvoir » indique le point de vue adopté. Lagarde a modifié l’ordre chronologique pour faire de la pièce inachevée Woyzech, une introduction à La Mort de Danton. Léonce et Léna fait figure de contrepoint burlesque et dérisoire au thème central.
Passionné de philosophie et d’histoire, Büchner fait le portrait de Woyzech, pauvre soldat un peu benêt, une gentille brute qui finira par tuer sa maîtresse sans bien savoir pourquoi. Lagarde a désincarné la pièce pour l’inscrire dans une ambiance fantasmagorique où l’errance de ce pauvre hère manipulé par le système en place s’achèvera dans un bain de sang.
Avec La mort de Danton, Lagarde met au second plan le drame historique pour en montrer les coulisses et la vraie nature de ces héros. Ces révolutionnaires sont au fond des hommes et des femmes emportés par leurs désirs et par le courant de l’histoire. Le lit qui occupe le plateau symbolise un peu grossièrement un point de vue qui pourtant est intéressant. Baignée dans des lumières verdâtres, la pièce est dépouillée de la vitalité qui anime les personnages pour diffuser un parfum morbide.
Dans la même configuration scénographique, mais rompant avec les esthétiques précédentes, Léonce et Léna se passe sur deux plans simultanés. Au royaume de Popo, l’ambiance est survoltée. On veut marier le prince Léonce à la princesse Léna du royaume de Pipi. Gamins rebelles, ils fuiront chacun de leur côté pour finalement tomber éperdument amoureux l’un de l’autre sans se connaître. Dans une mise en scène enlevée, la satire politique le dispute à la comédie romantique et à la fable fantaisiste sur le mode du Roi et l’oiseau de Paul Grimault.
Si, malgré certains points communs, il n’est pas certain qu’il soit justifié de concevoir ces trois pièces comme une trilogie, l’entreprise d’envergure menée par Ludovic Lagarde mérite d’être saluée, même si le projet ne convainc pas, pour son ambition et pour la qualité des comédiens, en particulier Laurent Poitrenaux qui est le brave soldat Woyzech, Danton le révolutionnaire idéaliste, et le cocasse roi Serge.
Woyzech, La Mort de Danton, Léonce et Léna, intégrale Büchner, Désir et pouvoir. Traduction Jean-Louis Besson. Mise en scène Ludovic Lagarde. Dramaturgie, Marion Stoufflet, Olivier Cadiot. Scénographie, Antoine Vasseur. Lumières, Sébastien Michaud. Costumes, Fanny Brouste. Son, David Bichindaritz. Vidéo, Jonathan Michel. Avec Julien Allouf, Juan Cocho, Simon Delétang, Servane Ducorps, Constance Larrieu, Déborah Marique, Camille Panonacle, Laurent Poitrenaux, Samuel Réhault, Julien Storini. Au Théâtre de la ville jusqu’au 25 janvier à 19h. Rés. 01 42 74 22 77. Durée : 4h30, 2 entractes compris.
Photo Pascal Gély



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