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Critiques / Théâtre

Vols en piqué d’après Karl Valentin

par Corinne Denailles

Un tas de fatrasies dézinguées

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Karl Valentin n’était pas un gars sérieux ; il a connu un grand succès populaire dans les cabarets munichois, où il aimait à se produire, au début du XXe siècle avec sa partenaire Liesl Karlstadt. Avec Valentin, qu’on surnommait le Chaplin allemand, ou le clown métaphysique, on est au royaume de l’absurde et du comique, des histoires souvent abracadabrantes, burlesques, truffées d’effets de surprise, de ruptures de ton, de renversements de situation, qui recèlent toutes un fond satirique. On le rapproche parfois du Russe Daniil Harms qui écrivait de courts textes impertinents, des histoires désordonnées et très drôles, fort mal vu du régime soviétique. Karl Valentin n’était pas vraiment apprécié du Troisième Reich et a fini dans la misère la plus totale.

Sylvie Orcier et Patrick Pineau ont parfaitement capté l’esprit déjanté de Valentin entre cabaret, théâtre forain et piste de cirque. Les sketchs sont de qualité inégale mais l’ensemble est assez réussi. Les chansons (de la femme du magicien, du trapéziste, du dompteur, etc. sur une musique de Nicolas Daussy) alternent avec les saynètes accompagnées par des musiciens dont la trompette aux accents entraînants de musique klezmer. Le décor de Sylvie Orcier est à géométrie variable et se transforme au gré des situations cocasses, truffées de jeu de mots et d’invraisemblances qui l’air de rien en disent long sur nos comportements. Tel cette scène ubuesque hilarante de la sortie à l’opéra d’un couple qui veut laisser un billet à leur fils mais ne se souvient pas de son prénom et lui donnent du monsieur et mes sincères salutations, égarent les billets, les retrouvent, laissent passer l’heure… Lui se regarde manger dans le miroir, ainsi il a l’impression d’avoir double portion.. Dans ce concentré loufoque, des instants décalés avec deux danseurs circassiens (Eliott Pineau et Lauren Pineau Orcier), lunaires et poétiques et tout à trac une scène à l’italienne, et voilà qu’on distribue au public des pâtes, qui font suite au petit verre de vin et à la Cracotte dont on ne révélera pas l’usage rythmique qui en sera fait.
Comme l’avait annoncé « Monsieur Loyal » au début du spectacle, nous n’entendrons ici que « fatrasies dézinguées » mais la face cachée de l’absurde révèle la désespérante absurdité de la vie ; sans doute Karl Valentin était-il un précurseur de Samuel Beckett et de Raymond Devos.

Vols en piqué d’après Karl Valentin ; texte français Jean-Louis Besson et Jean Jourdheuil. Mise en scène Sylvie Orcier et Patrick Pineau. Avec Nicolas Bonnefoy, Nicolas Daussy, Philippe Evrard, Nicolas Gerbaud, Aline Le Berre, Fabien Orcier, Sylvie Orcier, Eliott Orcier, Lauren Pineau Orcier, Franck Seguy. Scénographie, Sylvie Orcier ; musique Nicolas Daussy ; costumes, Sylvie Orcier et Charlotte Merlin ;. Au théâtre de la Tempête jusqu’au 9 juin 2019 à 20h. Durée : 1h30.
Résa : 01 43 28 36 36.
Texte publié aux Editions Théâtrales

© Daniel Schemann

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