Un air de famille de Agnès JAOUI, Jean-Pierre BACRI
Règlement de compte familial.

Créée en 1994, la pièce d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri aborde un sujet fréquent des comédies : les querelles familiales. Au Père Tranquille, un bar de province plutôt vieillot, chaque vendredi soir, la famille d’Henri se retrouve pour l’apéritif avant d’aller dîner au restaurant.
Dans le bar, Denis, le garçon de café, range et nettoie pour la fermeture. Il essaie de dialoguer avec Betty, la sœur du patron, mais elle n’est pas vraiment de bonne humeur. Henri entre en scène, vêtu de son traditionnel pull beige à carreaux du vendredi. Les choses perdurent longtemps dans ce lieu. Il semble préoccupé : sa femme Arlette est partie et son absence risque de perturber le bon déroulement de la soirée. Les autres membres de la famille arrivent : le frère Philippe en costume – cravate, suivi docilement par sa femme Yolande et la mère en tailleur chic. Tout le monde est là ou presque… Où est Arlette, la femme d’Henri ? Son absence va bousculer les habitudes familiales et la soirée sera riche en révélations, en reproches et règlements de compte.
Les personnages aux personnalités bien marquées parfois caricaturales, sont interprétés par six comédiens talentueux qui restituent parfaitement le caractère mordant de cette satire familiale. Jean-Philippe Azema nous fait comprendre combien Henri est las de ces réunions et des remarques désobligeantes de son frère et de sa mère. Ce soir, il est préoccupé et triste en raison de la crise conjugale qu’il traverse. Véronique Boutonet insuffle à Betty une énergie, une gouaille parfaite qui rappelle Agnès Jaoui. Vêtue d’une chemise à carreaux et d’une salopette, elle a une allure négligée qui déplait à sa mère. Alain Chapuis incarne Philippe, le frère cadet, avec beaucoup de finesse. Il réussit à exprimer la prétention, la suffisance et le conformisme social de cet petit bourgeois qui se croit brillant et méprise les autres. Sans jamais forcer le trait, il donne à ce personnage une dimension ridicule et comique parfaite. Letti Laubies est Yolande, l’épouse de Philippe depuis quinze ans. Femme étouffée par son mari, souvent moquée, elle nous apitoie parfois et nous fait rire par sa naïveté. Ce soir , elle fête son anniversaire. Encouragée par sa belle-sœur, elle s’accorde quelques verres d’alcool et ose imposer ses pensées et désirs. Karim Wallet incarne avec aisance et justesse Denis. Il met en valeur sa sensibilité, son bon sens et son humour. Il est un contrepoint intéressant face aux propos excessifs des autres personnages. Enfin la mère interprétée avec brio par Hélène Parcy , est vindicative et méprisante envers ses proches. Aigrie, rien ne lui sied, seul son fils Philippe a grâce à ses yeux. Elle est pétrie de préjugés et finalement ridicule. C’est l’un des personnages les plus risibles de la pièce et la comédienne sait habilement mettre en évidence les éléments excessifs du personnage pour produire un effet comique.
L’intrigue, assez conventionnelle, est menée avec brio. Deux éléments soutiennent la progression de l’intrigue : l’absence d’Arlette et le passage de Philippe à la télévision dans une interview. Quel événement pour celui qui se considère comme essentiel ! A-t-il été à la hauteur ? Que pense-t-on de lui ?
Dans un décor réaliste réussi, la mise en scène dynamique de Jean-Philippe Azema et le jeu efficace des comédiens restituent tout l’esprit caustique de cette satire familiale qui ravit les spectateurs.
Auteurs : Agnès JAOUI et Jean-Pierre BACRI
Mise en scène : Jean-Philippe AZEMA assisté de Danielle Carton
Comédiens : Jean-Philippe AZEMA, Véronqiue BOUTONNET, Alain CHAPUIS, Hélène Parcy et Karim WALLET
Décors : Alain VILLETTE
Lumières : Richard Arselin
Crédit photo : Xavier François
Festival off Avignon, jusqu’au 25 juillet
Théâtre des Corps Saints, Place des Corps saints, Avignon
A 16h50 – durée 1h20



