Du 18 juin au 4 juillet 2026, du mardi au vendredi, 20h, samedi, 19h, dimanche, 15h, relâche le 28 juin et le lundi.
Tout est calme dans les hauteurs Maître, texte Thomas Bernhard, mise en scène Jean-François Sivadier, traduction française Claude Porcell (L’Arche).
Une idéologie réactionnaire qui couve toujours.

Moritz Meister est un grand maître littéraire auto-proclamé et satisfait, il est sur la scène - Nicolas Bouchaud, magistral et dans toute sa forme. Il vit avec son épouse Anne - facétieuse et lumineuse Norah Krief - dans une villa sur les hauteurs des Préalpes bavaroises, demeure et site privilégiés où il fait bon vivre entre soi quand on est content, comme le répètent les deux à l’envi.
Le couple suffisant, s’il en est, reçoit une jeune doctorante ralliée sans condition à la cause artistique du Maître - Juliette Bialek, admirative et passive -, un journaliste et l’éditeur de l’œuvre, des rôles incongrus et burlesques assumés par Frédéric Noaille. Notons le silence domestique de la sérieuse Herta, portée par Valérie de Champchesnel, habilleuse, par ailleurs.
Ainsi, pour le spectateur et auditeur, Tout est calme dans les hauteurs Maître, publié en allemand en 1981, traduit en français par Claude Porcell en 1994 ( L’Arche), est l’occasion d’un déluge verbal bernhardien.
La mise en scène de Jean-François Sivadier se fait sagace et percutante, révélant, dans la scénographie de Marguerite Bordat - une grande maison vide abandonnée -, les vérités noires implicites de ces intellectuels ralliés à la cause nationaliste et populiste allemande et autrichienne dont l’inavouable antisémitisme, racisme et anti-humanisme fait la matière de la poussière sous le tapis - Mal caché symbolique car la maison appartenait à un Juif qui a tout laissé -, un tapis encore que l’épouse du Maître déroule peu à peu sur le plateau en l’aplanissant, faisant fi du passé qui ressurgit dans un présent inquiétant.
« Le problème juif est toujours un problème effrayant, il ne sera jamais résolu Il faut dire que les juifs eux-mêmes en sont largement coupables, les juifs se sont tout de même rendus largement coupables mais on n’aurait pas dû faire ce qu’on a fait… » Silence tendu et effroi perceptible dans la salle à l’écoute de tels propos lancés librement, si perfides, dés-inhibés et dé-complexés.
Le spectacle est un concert d’humour et d’ironie face à cette pluie battante d’opinions, de citations, d’aphorismes et de sarcasmes dont le public est le récepteur privilégié, tels les visiteurs du couple qui n’ont pas voix au chapître.
Les deux héros bernhardiens parlent et s’écoutent parler à n’en plus finir. Anne Meister a abandonné sa carrière de soliste pianistique pour se consacrer à la seule réussite de son époux en gardienne de son oeuvre. Et celui-ci a enfin achevé sa Tétralogie dont tel Professeur récurrent est juste la figure autobiographique de Moritz Meister, apiculteur aussi à ses heures.
« L’expérience de la guerre est l’expérience fondamentale de l’homme allemand Odessa Minsk Sébastopol pour finir le front Ouest la Normandie Quant vous avez comme moi vu vos camarades raides morts de froid mutilés L’écrivain exploite naturellement tout ce qu’il a vécu l’histoire entière en fin de compte qui l’a formé tout écrivain tout poète est le produit de l’histoire entière Naturellement c’est un état de grâce l’écriture dans lequel la mort joue un rôle tout à fait extraordinaire peut-être l’expérience de la mort est-elle la toute première… »
Gravité de paroles scandées au coeur de la comédie farcesque.
L’hypocrite et faux penseur se veut consensuel, il réduit la dimension existentielle à lui-même, prétendu Maître reconnu ou pas par la critique de son temps. Le locuteur bernhardien, beau parleur et fier de sa production littéraire, porte le masque de l’imposteur avec une élégance bonhomme, une pièce d’importance dans ce quatuor de clowns tragiques dont les propos sur le passé et le présent révèlent une idéologie réactionnaire prête à renaître.
Illusion d’être parvenu au sommet du monde et de soi, tout près du précipice.
Tout est calme dans les hauteurs Maître, texte Thomas Bernhard,
mise en scène Jean-François Sivadier, traduction française Claude Porcell (L’Arche), collaboration artistique Nicolas Bouchaud et Véronique Timsit. Avec Nicolas Bouchaud, Norah Krief, Frédéric Noaille, Juliette Bialek,
Valérie de Champchesnel. Scénographie Marguerite Bordat, costumes Virginie Gervaise, création sonore, régie générale et son Jean-Louis Imbert, création et régie lumière Jean-Jacques Beaudouin, perruques et maquillages Mityl Brimeur, assistante à la mise en scène Véronique Timsit, habilleuse Valérie de Champchesnel, administration et diffusion François Le Pillouer. Du 18 juin au 4 juillet 2026, du mardi au vendredi, 20h, samedi, 19h, dimanche, 15h, relâche le 28 juin et le lundi. Les 24 et 25 septembre 2026, Château Rouge / Annemasse (74). Les 6, 7 et 8 octobre 2026, La Comédie de Béthune / Béthune (62). Les 14 et 15 octobre 2026, TAP, scène nationale / Poitiers (86). Du 4 au 13 février 2027, TNP -Villeurbanne (69).
Crédit photo : Jean-Louis Fernandez.



