Accueil > Terminus d’Antoine Rault

Critiques / Théâtre

Terminus d’Antoine Rault

par Gilles Costaz

Feydeau en pyjama

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Ce n’est pas la première fois que Georges Feydeau devient un personnage de théâtre. Eric-Emmanuel Schmitt avait déjà eu cette idée mais en plaçant l’auteur du Dindon dans les rebondissements d’un vaudeville construit comme l’une de ses pièces ; cela s’appelait Georges et Georges. Dans Terminus dont le titre évoque à la fois l’hôtel où se réfugia Feydeau quand il se sépara de sa femme (le Terminus de la gare Saint-Lazare) et la plongée inéluctable de l’écrivain vers la mort, Antoine Rault préfère la formule, plus acrobatique, du tourbillon, du manège où se mêlent les faits réels, l’imaginaire des pièces avec des références que saisiront les connaisseurs et la fantaisie de Rault lui-même tirant les ficelles d’un cauchemar endiablé. C’est une comédie puisqu’au milieu de la ritournelle il y a un auteur comique. Mais toutes les composantes ne sont pas joyeuses : Feydeau a été frappé par la syphilis puis est mort à peu près fou dans une maison de soins. C’est de là que part la soirée, propulsant l’homme qui avait fait rire tout Paris dans les recoins obscurs de son existence, les quiproquos de ses farces, les étreintes toujours interrompues de ses obsédés du sexe et les solitudes soudaines où l’homme se parle à lui-même.
Cette pièce, c’est une machine tournante où le héros tente d’attraper un bonheur de vivre toujours fuyant et de repousser la mort qui a le visage du corps médical et n’a aucun humour. Christophe Lidon a conçu un espace mobile et changeant, qui peut cependant se définir comme une scène centrale avec lit où l’on voudrait s’adonner à la fête sexuelle ou où l’on cultive la déprime, flanquée d’un austère univers administratif d’un côté et d’une salle de bain rétro de l’autre. Dans ce triple espace, tous les personnes courent et se transforment, composant les individus semblables et différents d’un monde humain qui alterne plaisir, neurasthénie et répression. C’est bourré d’idées et d’une brillante agilité. Quelque chose reste pourtant à régler, comme s’il y avait parfois un hiatus entre le prosaïque et l’onirique. Mais le tourbillon est joliment entraînant, enlevé par des acteurs qui savent se propulser tour à tour dans la gaudriole et dans le drame intime. Bernard Malaka, Feydeau en pyjama, est roublard, malicieux et bouleversant ; acteur d’une très profonde finesse, il a l’élégance de l’espoir et du désespoir, ce qui est rare. Maxime d’Aboville change sans cesse de rôle et le fait avec un sens étonnant de la rapidité et de l’immédiateté, en grand comédien. Lorànt Deustsch, sur une partition moins variée (il est surtout le médecin-chef) est d’une belle intensité, d’un juste pittoresque, comme sorti d’un album du XIXe siècle. Valérie Alane incarne surtout la bourgeoise, en anoblissant la drôlerie de ses rôles dont, à force de nuances, elle tient à distance le ridicule quotidien. Enfin, Chloé Berthier multiplie les aspects de la jeune femme, godiche, touchante ou dévorante, avec brio. S’il demeure toujours un léger décalage de pensée entre l’optique de l’image brute et celle de l’estampe fantasmée, le carnaval humain ainsi composé est à classer parmi les réjouissances bienfaisantes.

Terminus d’Antoine Rault, mise en scène et scénographie de Christophe Lidon, costumes de Chouchane Abelio-Tcherpachian, lumières de Marie-Hélène Pinon, son de Cyril Giroux, musique de Norbert Aboudaraham, vidéo de Lénard, assistanat de Natacha Garange.

CADO, Orléans, tél. : 02 38 54 29 29, jusqu’au 12 octobre. (Durée : 1 h 30).
Puis 16 octobre : Palais des Arts, place de Bretagne, 56000 Vannes
18 et 19 octobre : Théâtre de Grasse, 2 avenue Maximin Isnard, 06130 Grasse
16 novembre : Théâtre Pierre Barouh, rue de la Prise d’eau, 85500 Les Herbiers
22 novembre : Théâtre André Malraux, 9 place des Arts, 92500 Rueil Malmaison
27 novembre : Théâtre La Passerelle, 50 avenue de Lorraine, 57190 Florange
4 décembre : Théâtre de Chartres, place de Ravenne, 28000 Chartres
7 décembre : Espace Vélodrome, 60 chemin de la Mère-Voie, 1228 Plan les Ouates - Suisse
9 décembre : Théâtre de l’Octogone, avenue de Lavaux 41, 1009 Pully - Suisse
11 décembre : Pôle Culturel La Lanterne, place Thome Patenôtre, 78120 Rambouillet
16 décembre : Théâtre des Sablons, 70 avenue du Roule, 92200 Neuilly sur Seine
20 décembre : Théâtre Princesse Grace, 12 avenue d’Ostende, 98000 Monaco.

Photo Cyrille Valroff.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.