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Critiques / Théâtre

Solness le constructeur d’Henrik Ibsen

par Corinne Denailles

Plus dure sera la chute

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Dans cette pièce, une des dernières qu’il a écrite, Ibsen joue sur le mélange entre réalisme et symbolisme. Réalisme de l’intrigue qui met en scène un architecte autodidacte sur le retour, imbu de lui-même et du pouvoir qu’il exerce sans nuances et dans tous le domaines, professionnel ou privé. Symbolisme dans la métaphore de l’ascension et de la chute de cet utopiste qui rêvait d’une architecture digne du facteur Cheval et qui, déçu par l’absence de Dieu, s’est résigné à ne construire que des maisons fonctionnelles. Réalisme de cet arriviste qui a construit son empire sur les cendres de l’incendie dans lequel ont péri ses fils. Comme toujours chez Ibsen il est question de la faute et du sentiment de culpabilité avec cet individu qui a perdu son âme et la boussole de sa vie. Quel sens donné à son existence dans cet assèchement du coeur et de l’esprit ? Symbolisme aussi, dans l’apparition de cet ange délicieux (Mélanie Doutey) surgi de nulle part qui réactive et la faute et le rêve utopiste du bonhomme qui, tel Icare, se brûle les ailes à vouloir s’élever trop haut. Plus dure est la chute. Solness n’est pas à la hauteur de ses rêves ; il se veut constructeur et n’est qu’un pauvre architecte qui détruit son entourage pour asseoir son autorité. Il a détruit sa femme, réduite à un petit oiseau fragile et souffrant (émouvante Edith Scob), il persécute celui qui lui a permis de s’élever et le fils de celui-ci auquel il a d’emblée coupé les ailes, ainsi que la secrétaire qui lui sert de maîtresse et qui n’est qu’un instrument de son pouvoir.

Un ange passe

A vouloir prendre le parti de la comédie, la mise en scène d’Hans Peter Cloos s’avère quelque peu réductrice. D’emblée, la scénographie réaliste donne le ton ; nous sommes dans une agence d’architectes aux murs blancs ; des métrages de surface, des formes et des volumes déclinent et mettent en abîme le thème. Dans ce décor sans perspective, Jacques Weber campe un Solness terrien dénué de toutes aspirations, un individu sans âme, taraudé par des angoisses existentielles primaires. Weber, qu’on a pourtant connu capable d’infinies nuances, fait tellement du Weber qu’il finit parfois par faire du Galabru dans ses mauvais jours. Le spectacle décevrait, n’était la présence lumineuse, mystérieuse et pétillante de Mélanie Doutey qui joue joliment l’ange noir de Solness. La comédienne surjoue un peu trop, mais on lui pardonne d’autant qu’avec grâce, elle danse sur un fil ténu, troll nordique déguisé en Lolita craquante, fée de nos contes d’enfance, incarnation de nos rêves. Son interprétation relance la dynamique de cette pièce tragique à force de méchante ironie.

Solness le constructeur d’Henrik Ibsen, mise en scène Hans Peter Cloos, avec Jacques Weber, Mélanie Doutey, Edith Scob, jacques Marchand, Sava Lolov, Thibault Lacroix, Nathalie Niel. Au théâtre Hébertot du mardi au samedi à 21h, samedi à 17h30, dimanche à 16h. durée : 1h40. Tel : 01 43 87 23 23.
www.theatrehébertot.com
Texte publié à L’Avant-scène.

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