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Critiques / Jeune Public / Théâtre

Soleil blanc de Jullie Berès

par Corinne Denailles

Un conte écologique

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En ouverture du spectacle de Julie Berès, quelques images documentaires projetées sur un grand écran interrogent les liens entre éducation et nature, on y voit des enfants charmants jouant dans la campagne ; une petite fille bien sage explique comment elle communique avec les arbres, un petit garçon intrépide et coquin met la pagaille dans la basse-cour de la ferme, deux autres construisent un radeau avec des bouteilles plastiques pour flotteurs. Mais nous ne sommes pas au cinéma et les images du préambule laissent la place au théâtre avec une variation autour d’un conte de Joël Jouanneau, L’Île interdite, dont le metteur en scène fait une relecture écologique censée poser la question du rapport que nous entretenons avec la nature. La fable raconte l’histoire étrange de Korb (Valentine Alaqui), un enfant abandonné dans la neige qu’un loup prend sous sa protection, une sorte de mère de substitution jusqu’à ce qu’un chasseur tue le loup dans la forêt de jadis, C’était avant, c’était bien avant avant, et c’était même bien avant l’aube du temps. Là commencent les malheurs de l’enfant qui va être recueilli par un drôle de personnage appelé Le maître (Laurent Cazanave) qui cohabite sur l’île interdite avec Annj (Mélanie Couillaud), une ravissante et angélique créature. Echo lointain de L’Enfant sauvage de Truffaut, le Maître entend dresser l’enfant avec des méthodes brutales et sauvages et parvient à ses fins, juste avant d’être englouti par un tsunami et c’est un nouveau commencement pour l’enfant. Confrontation violente entre nature et civilisation, Rousseau n’est pas loin. Le texte de Jouanneau est quelque peu obscur mais joliment poétique et la mise en scène de Julie Berès achève d’en brouiller le sens.
En attendant on admire les magnifiques maquettes dont les décors filmés et projetés sur l’écran installent une ambiance onirique et fantastique tandis que le plateau est laissé dans la pénombre trouée de lumières qui éclairent les personnages. Les robes blanches agrémentées d’éléments végétaux des personnages féminins évoquent les fées de la forêt, lieu de toutes les peurs (loup y es-tu ?), de tous les sortilèges et de toutes les fantaisies. Kyrie Kristmanson chante d’une jolie voix cristalline, accompagnée par une guitare, sur une musique originale conférant au spectacle une tonalité de symphonie pastorale.
Troisième temps du spectacle, l’épilogue nous jette dans une réflexion sur l’avenir environnemental incertain de nos sociétés. A trop vouloir en dire avec profusion de langages et d’effets scéniques, le spectacle se cherche sans nous trouver. Un beau livre d’images dont on tournerait les pages glacées sans émotion, admirant çà et là le savoir-faire de l’artiste.

Soleil blanc, Conception et mise en scène Julie Berès. Conte librement inspiré d’une fable inédite de Joël Jouanneau, L’Île interdite. Épilogue composé avec l’aide de Kévin Keiss, mise en contraste de déclarations de scientifiques, journalistes, chercheurs ou philosophes. Avec, Laurent Cazanave, Valentine Alaqui, Mélanie Couillaud, Mia Delmaë, Kyrie Kristmanson. Documentaire : Julie Berès, Christian Archambeau, Jonathan Michel, Clémence Diard. Scénographie : Julien Peissel ; Costumes : Marie-Cécile Viault. Création sonore et musicale : David Bichindaritz et Kyrie Kristmanson ; lumières : Christian Dubet ; vidéo : Christian Archambault et Jonathan Michel. Au théâtre des Abbesses jusqu’au 1er décembre, à 20h, dimanche à 16h. Durée : 1h30. A partir de 10 ans.
© Axelle de Russé

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