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Critiques / Théâtre

Salle des fêtes de Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff

par Corinne Denailles

Les paumés du samedi soir

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Par ici, ça ne guinche plus guère. La salle des fêtes, décorée années 70 avec ses tables en formica, son comptoir Macumba et ses tabourets de bar en skaï rouge, sa piste de danse en lino, ne fait plus souvent la fête. Le lieu qui semble désaffecté va tenter de reprendre vie pour une soirée, malgré les bruyants travaux de chantier voisins. On s’affaire, on mouline de l’agitation. Chacun fait tout son possible pour faire entrer un peu de vraie vie dans ce décor figé. La gérante s’emploie à faire le point sur la comptabilité mais la machine prend le dessus. L’orchestre répète un répertoire qui mouline les poncifs du bal du samedi soir, les Rita Mitsouko et leur inusable Marcia baila, Vanina, Besame mucho, l’un se prend pour Bob Marley, l’autre pour Joan Baez. Une fois de plus, Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff s’intéressent au petit monde de la France profonde, à tous ceux qui « n’en sont pas », mais vivent par procuration grâce à la télé. Les pauvres et sans grade immortalisés par les Deschiens, justement à la télé. Si on reconnaît d’emblée la patte de la compagnie, revers de la médaille, on a un peu l’impression qu’ils remixent le même spectacle depuis 30 ans. Les Deschamps-Makeïeff tracent leur chemin à l’ombre des grands burlesques de Chaplin à Keaton. On retrouve surtout l’esthétique de Jacques Tati qu’ils connaissent bien. Leurs personnages sont le plus souvent à côté de la plaque, inadaptés à la vie, perdus dans un monde hostile et absurde et pourtant tellement désireux de bien faire. Mais tout se ligue contre leur bonne volonté jusqu’aux objets, comme en témoignent les bruits incongrus en coulisses, chutes de casseroles et autres télescopages improbables, sans oublier les appareils qui se détraquent et les courts-circuits variés. Il y a peu de dialogues mais un vocabulaire sonore reconnaissable entre mille fait d’onomatopées, de phrases inachevées, d’apartés grommelés. La parenté est sensible avec l’univers sonore de Tati, où les bruits et les sons semblent déconnecter du réel de la situation, comme autant de commentaires indirects. Malgré des réserves sur l’esprit du spectacle et son manque d’inspiration, on admire un savoir-faire impeccable et des acteurs tous épatants, Catherine Gavry, Hervé Lassïnce ainsi que Pascal Ternisien, Lorella Cravota et Gaël Rouillac, avec une mention spéciale pour Tiphany Bovary-Klameth et David Déjardin d’une présence et d’une inventivité incroyables.

Salle des fêtes, un spectacle de Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff. Décor et costumes Macha Makeïeff. Lumière, Dominique Brugiuière. Son, André Serré. Avec Tiphany Bovary-Klameth, David Déjardin, Catherine Gavry, Hervé Lassïnce, Pascal Ternisien, Lorella Cravota, Gaël Rouillac.
Au théâtre national de Chaillot jusqu’au 16 mai 2009. Du mardi au samedi à 20h30, dimanche 15h. Durée : 1h30. Tel : 01 53 65 30 00.

www.theatre-chaillot.fr

Crédit photographique : Agathe PoupeneyÀÀ

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