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Critiques / Théâtre

Ravel de Jean Echenoz

par Jean Chollet

Fin concerto imaginaire

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Créé au mois d’avril dernier, et couronné par le Syndicat de la critique ( Prix Laurent Terzieff au titre du meilleur spectacle présenté dans un théâtre privé et Prix du meilleur compositeur de scène) le spectacle est repris actuellement au Théâtre Artistic Athévains

Auteur majeur de la littérature française contemporaine Jean Echenoz, né en 1947, aime varier les genres comme en témoignent ses romans les plus célèbres Cherokee (Prix Médicis 1983) et Je m’en vais (Prix Goncourt 1999) et plus largement ses treize autres œuvres publiées à ce jour. L’ensemble témoigne d’une écriture originale, jouant avec les codes littéraires sous une apparente légèreté remarquablement construite et raffinée, dont il situe l’objectif prioritaire “ la mécanique et l’esthétique sont plus importants que le message”. Sans pour autant occulter un regard lumineux et révélateur porté sur des personnages et des lieux, décrits avec une grande précision et une tendre ironie. Premier volet d’un triptyque dédié à des “fictions biographiques”, Ravel, daté de 2006, précède les ouvrages consacrés à l’athlète marathonien tchécoslovaque Emile Zátopek (1922- 2000), sous le titre Courir en 2008, et à l’ingénieur scientifique américain d’origine serbe Nikola Tesia (1856 – 1943), dans Des éclairs en 2010.

Sous cette forme, le roman consacré au compositeur du Boléro évoque les dix dernières années de sa vie, jusqu’à sa mort le 28 décembre 1937. On le suit ainsi dans différentes étapes d’une trajectoire qui le conduit à son embarquement au Havre à bord du paquebot France (deuxième du nom), vers New-York, suivi de son accueil triomphal et son périple sur le sol américain. Puis, c’est le temps de son retour dans sa maison de Montfort l’Amaury où dans un quotidien solitaire malgré ses proches, le fumeur invétéré de Gauloises bleues, désœuvré, s’occupe comme il peut, formule quelques projets, ou s’évade ponctuellement en Suisse, en Autriche en Espagne ou au Maroc. Il compose encore deux concertos avant d’être atteint en 1933 d’une maladie neurologique accompagnée d’une évolution où « tout va vite et ne fait qu’empirer : il a maintenant du mal à contrôler la plus part de ses gestes … Quant à la musique, s’il peut encore chanter ou jouer un peu de mémoire, reconnaître des œuvres qu’on lui fait entendre, il ne sait plus lire une partition ni la déchiffrer au piano.”. Ainsi s’exprime Jean Echenoz en évoquant la condition finale de Ravel, dans son exploration romanesque d’une personnalité fascinante et insaisissable dont il cerne pourtant les contours et le regard sur le monde avec humanité, humour et tendresse.

Porter à la scène ce roman, exclusivement écrit sous une forme narrative, ne relève pas à première vue d’une évidence. C’est pourtant le pari tenu et gagné par Anne-Marie Lazarini
grâce à une mise en scène intelligente d’une belle cohérence. Uniquement composée du texte d’Echenoz, amputé de quelques passages mineurs, deux narrateurs (Coco Felgeirolles et Marc Shapira) accompagnent un Ravel (Michel Ouimet) s’exprimant sur le même mode. Ils font entendre avec bonheur l’écriture de l’auteur. Avec une fluidité adaptée, qui en restitue les rythmes et les colorations à travers des découpages et des articulations finement construits et associés, nourrissant l’expression d’une théâtralité de belle facture. Ces trois excellents comédiens, vêtus des costumes référents à l’époque de Dominique Bourde, sont accompagnés de ponctuations musicales au piano par le compositeur Andy Elmer (en alternance avec Yvan Robillard), qui associe ses propres partitions à celles de Ravel, en créant un écho musical signifiant. Cette création trouve aussi une dimension expressive dans le décor aéré de François Cabanat, dont l’organisation des éléments éclatés et évocateurs ponctuent de manière souriante ce voyage imaginaire, sous une unité de coloration bleue assimilable à un ciel “où les nuages patientent en coulisse.”

Durant la durée de programmation du spectacle, une exposition de portraits de Roland Allard est consacrée à l’auteur en témoignant de la période 1986 – 2013.

Ravel de Jean Echenoz, mise en scène Anne - Marie Lazarini, avec Coco Felgeirolles, Michel Ouimet, Marc Schapira, et en alternance au piano Andy Emler et Yvan Robillard. Scénographie et lumières François Cabanat, costumes Dominique Bourde, musique originale Andy Emler. Durée 1 h 40. Théâtre Artistic Athévains jusqu’au 31 décembre tel 01 43 56 38 32

Photo Laurencine Lot

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