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Critiques / Théâtre

Que la noce commence d’après Horatiu Malaele

par Corinne Denailles

Le pot de terre contre le pot de fer

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On est dans un village roumain en 1953. La vie y est dure ; les femmes triment : marmaille, cuisine, lavoir ; les hommes sont des grandes gueules sans malice qui boivent beaucoup. Le maire est un froussard qui s’emploie à servir Staline. La place du village est le cœur battant d’une communauté aux personnages truculents, haute en couleurs, qui se sauve d’un quotidien désespérant par le rire et l’imaginaire, véritable arme de résistance contre l’oppression. Et puis il y a ces deux jeunes gens qui s’aiment envers et contre tous et font résonner la place de leurs ébats joyeux dans les champs de blé. Soulignons la belle scénographie de Jean Haas qui déploie sur une toile de fond un champ de blé lumineux qui permet de créer des effets de cinéma étonnants et des images poétiques et drôles. Rien à faire donc, il faut marier ces deux amoureux. Le village se lance dans les préparatifs de la noce. Tout à leur joie et à l’excitation de l’événement, les blagues salaces fusent et l’alcool coule. On tue le cochon, les veaux, etc. On dresse un immense banquet sur les tréteaux qu’on garnit de victuailles à profusion.

Une fable politique

Mais voilà que brutalement, des bruits de botte annoncent l’arrêt des festivités. Deux sbires du gouvernement, caricature de la brutalité du pouvoir soviétique, viennent couper court à la joie du village en annonçant la mort de Staline et huit jours de deuil national. Toutes les manifestations sont interdites, réunions, noces, banquets et même les enterrements… On discute, on essaie de négocier, mais le pouvoir est inflexible. Alors, la mort dans l’âme, on s’exécute, mais une fois seuls, les villageois n’entendent pas renoncer à toutes ces victuailles qui vont se perdre ni aux réjouissances annoncées. La noce se fera, mais elle devra être muette. Cela donne lieu au meilleur moment du spectacle, avec une succession de tableaux, dont les enchaînements trop longs cassent malheureusement le rythme, qui décomposent en silence les phases du mariage grâce à des trésors d’imagination. Mais la mariée ne supporte pas cette pantomime frustrante et elle brise le silence pour laisser exploser la musique et les rires. La comédie bascule alors dans le drame. L’écrasement du village par un char qui traverse un mur de briques symbolise évidemment l’entrée des chars russes à Budapest et l’écrasement des pays de l’Est sous la botte soviétique.

Un spectacle généreux

L’idée était bonne mais les conditions de réalisation insuffisantes n’ont pas permis la pleine réussite de ce projet. Le spectacle aurait gagné à être resserré, plus rythmé. Le talent et l’énergie des comédiens ne suffisent pas à compenser la faiblesse du texte écrit à partir du scénario du film du Roumain Horatiu Malaele. Pour son dernier spectacle comme directeur du théâtre de la Commune, Didier Bezace a réuni une bonne partie des comédiens qui l’ont accompagné depuis 1995 et il a choisi cette Noce en écho à la Noce de Brecht avec laquelle il avait initié son mandat de directeur. De Brecht à Malaele, Bezace a gardé une belle fidélité à un théâtre populaire engagé et au cinéma qui occupe une grande place dans sa carrière. Malgré ses imperfections, cette Noce est un spectacle généreux à l’image de son metteur en scène où priment l’acteur et l’esprit de troupe, et le goût pour la conjonction entre fable, poésie et politique.

Que la noce commence de Didier Bezace et Jean-Louis Benoit d’après le film de Horatiu Malele Au diable Staline, vive les mariés ! ; scénario Horatiu Malaele et Adrian Lustig ; texte et dialogues Jean-Louis Benoit, Didier Bezace, Adrian Lustig et Horatiu Malaele ; mise en scène Didier Bezace ; scénographie Jean Haas ; lumières Dominique Fortin ; costumes Cidalia Da Costa ; musique originale Gabriel Levasseur ;. Avec Alexandre Aubry, Jean-Claude Bolle-Reddat, Julien Bouanich, Nicolas Cambon, Arno Chevrier, Sylvie Debrun, Daniel Delabesse, Guillaume Fafiotte, Thierry Gibault, Marcel Goguey, Gabriel Levasseur, Corinne Martin, Paul Minthe, Julien Oliveri, Karen Rencurel, Alix Riemer, Lisa Schuster et Agnès Sourdillon. Au théâtre de la Commune, Aubervilliers jusqu’au 21 décembre, les mardi et jeudi à 19h30, les mercredi et vendredi à 20h30, le samedi à 18h, le dimanche à 16h. Durée 2h20. tél. 01 48 33 16 16. Aux Gémeaux du 11 au 27 janvier 2013à Sceaux. En tournée du 5 février au 18 avril.
Texte à L’Avant-Scène Théâtre.

photographie Brigitte Enguérand

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3 Messages

  • Que la noce commence d’après Horatiu Malaele 19 décembre 2012 23:12, par Calou2

    Votre critique me sidère !
    C’est une des meilleures pièces que j’ai vues. La mise en scène, inventive et pleine de surprises, est ravissante. Les comédiens sont tous talentueux et précis. Le public est aux anges du début à la fin.

    Je dis à tous : Courez-y ! Vous ne pouvez pas manquer ça !

    Quant à moi, j’y retourne prochainement, c’est trop bon !

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  • Que la noce commence d’après Horatiu Malaele 20 décembre 2012 00:13, par Jacques Leudine

    Un spectacle qui pèse des tonnes. A fuir

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  • Que la noce commence d’après Horatiu Malaele 18 janvier 2013 12:19, par Renė

    Je ne vois pas l’intėrêt qu’il y avait à adapter cet excellent film au théâtre . L’adaptation inverse, de la scène à l’écran, aurait eu le mérite de mettre à la portée du grand public une œuvre théâtrale, comme cela s’est fait souvent. Mais là !... J’avais un grand souvenir du film, et j’avoue que la pièce ne m’a rien apporté. Seuls ceux qui n’avaient pas vu le film ont y prendre un intérêt dans ce cas tout à fait légitime.

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