Malakoff, Théâtre 71 jusqu’au 16 février 2012
Pionniers à Ingolstadt de Marieluise Fleisser
Scène de la vie de province

Une équipe de soldats du génie arrive dans la petite ville d’Ingolstadt pour réparer un pont de bois. Durant leur séjour, les pionniers cherchent à se distraire et nouent des relations avec les filles du coin. La pièce se déroule dans un café, lieu de passage et de rencontres. Dans cette pièce, Marieluise Fleicher, une des compagnes de Brecht, règle ses comptes avec l’Allemagne de l’entre-deux guerres et avec son village natal, ce qui n’a pas été très bien reçu. Elle dénonce la solitude de la jeunesse enterrée à Ingolstadt, l’absence d’avenir, la brutalité des hommes qui ne voient dans les femmes qu’un sexe à prendre. C’est une pièce sans illusion, violente par les comportements des personnages mais surtout parce que l’auteur ne laisse aucune lueur d’espoir.
Yves Beaunesne tire la pièce vers les années 70 comme en témoignent la présence du flipper et les costumes sans toutefois aller jusqu’à la transposition totale. Sa mise en scène hésite entre naturalisme et distanciation, entre drame et comédie. Les personnages s’agitent comme des pantins victimes d’une situation qui les dépasse mais le parti pris un peu outrancier imprime une marque forte quelque peu indéchiffrable. Le fils du patron du café (Thomas Condemine), maladroit et benêt, ne parvient pas à séduire la jeune Berta (Fany Mary) qui rêve d’amour et est maltraitée par un soldat endurci et brutal (Olivier Werner) tandis que l’aguicheuse copine de Berta (Océane Mozas) glisse dans la prostitution sans même y penser. Si l’ensemble n’est pas toujours convaincant, la mise en scène réserve de beaux moments, en particulier les séquences très bien chantées sur des musiques originales de Camille Rocailleux qui n’est pas dans l’imitation de Kurt Weil mais dans une sorte de lointaine transposition moderne. La scénographie de Damien Caille-Perret est particulièrement réussie. Un café sans âge occupe la totalité du grand plateau, à jardin, un piano ; un poêle trône au milieu ; à cour, le bar et un alignement de patères ; au fond, les fenêtres translucides derrière lesquelles glissent les ombres des curieux, le tout baigné d’une lumière belle laiteuse. Les bruits du monde extérieur arrivent étouffés, ou clairs mais lointains, comme si le café était un espace à la fois coupé du monde et objet de tous les regards. Quand les pionniers quittent le village, une fois leur travail accompli, il ne reste que des blessures au cœur. La pièce se clôt sur une chanson qui dit : « Everything must change ».
Pionniers à Ingolstadt de Marieluise Fleisser, traduction Marion Bernède, mise en scène Yves Beaunesne ; scénogrpahie, Damien Caille-Perret ; costumes, Jean-Daniel Vuillermoz ; Musique, Camille Rocailleux ; chef de chant, Gwenaëlle cochevelou ; lumières, Joël Hourbeigt ; avec Julien Barret, Jean Boissery, Valentin de Carbonnières, Thomas Condemine, Frédéric Cuif, Fany Mary, Océane Mozas, Guillaume Rannou, Laure-Lucile Simon, Olivier Werner. Au théâtre 71 à Malakoff. Jusqu’à 16 février. Mardi, vendredi, samedi à 20h30, mercredi et jeudi à 19h30. Durée : 1h45. Tel : 01 55 48 91 00.
Texte édité à L’Arche
© Guy Delahaye



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