Du 23 septembre au 17 octobre 2026, mardi à 19h, du mercredi au vendredi à 20h, samedi à 17h30, au Petit Théâtre de La Colline - Théâtre National.
Orso et moi, texte de Géraldine Martineau (L’Avant-Scène Théâtre), mise en scène de Justine Heynemann,.
Les douleurs cachées de la mise au monde

Devenir mère est une expérience bouleversante, qui peut être violente, impétueuse : elle n’en reste pas moins soumise dans sa singularité à des injonctions tutélaires conformistes, des ombres harcelantes, si ce n’est menaçantes, de toute mémoire. Et être mère « suffisamment bonne » ?
L’autrice d’Orso et moi et interprète scénique de la pièce, Géraldine Martineau, que met en scène Justine Heynemann aurait voulu être « une mère heureuse de l’être », qui aurait retrouvé son corps aussi vite qu’elle l’avait perdu, qui resterait une bonne épouse, tout en continuant à travailler et à mener une vie sociale épanouie, selon la formule consacrée. Le tabou s’impose sur les « ratés » ou les failles de la mise au monde - la transmission et passage de la vie -, même entre femmes : les récits sur le sujet manquent.
Le lien entre une mère et son enfant, raconte Géraldine Martineau peut être complexe, sublime et monstrueux. « Au moment où elle se sent couler, cette mère embarque son fils dans un imaginaire de piraterie, comme une bouée de sauvetage au service de leur survie ». Il n’est pas facile de faire preuve d’invention et d’imagination quand on est en dépression post-partum, maladie médicale grave caractérisée par la tristesse, l’anxiété intense et une perte de plaisir survenant après l’accouchement, durant la première année de l’enfant, pour 16 à 20 % des mères, mais pouvant également concerner les pères.
Orso et moi suit les cinq premières années d’un lien mère-enfant, sa beauté, ses tempêtes, ses brutalités parfois, et la manière de faire famille à peu près, malgré la séparation d’avec le père d’Orso. Mêlant l’intime au politique, le récit fait l’éloge d’une maternité sans image idéale, traversée par la peur, la culpabilité, mais aussi par une force d’amour réelle et en cela, imparable.
Le père est à la fois Intensément là et pas là, silhouette brune, qui peut représenter le père d’Orso ou n’importe quel autre. Ulysse Chaffin, compositeur, à la création sonore et à la musique en direct, est multi-instrumentiste, il use des claviers, de la guitare, de la basse, des percussions, des synthétiseurs et de la musique assistée par ordinateur. L’association scénique de la comédienne et du musicien se fait délicate.
Dans un espace de blancheur - maternité et chambre d’enfant -qui prendra des couleurs pastel quand les voiles de l’embarcation seront hissées pour affronter les mers et ses mouvements inattendus entre terreur et calme, incarne tous les protagonistes : la mère, l’enfant, le père, le médecin…
L’interprète féminine est au service sensible du texte, racontant son aventure mi-figue mi-raisin et mi-raison encore, tant elle est repliée sur le duo qu’elle compose avec son fils, sourde à la vie alentour, occupée par ses instants. Comment lui en vouloir ? Elle fait le don de son expérience douloureuse au public qu’elle prend à témoin, dans le sentiment amer de l’abandon de tous.
Larmes et pleurs, gémissements, geignements et peines inconsolables, les spectateurs sont en empathie avec la locutrice sensible et à fleur de peau. Quand elle joue la mère éplorée, elle se love sur le sol en position de foetus, et prend plus tard le petit garçon dans ses bras, un chiffon blanc noué et bercé. Quand elle retrouve le sourire, la figure enfantine se met à danser.
Orso et moi, texte de Géraldine Martineau (L’Avant-ScèneThéâtre), mise en scène de Justine Heynemann, avec Géraldine Martineau et Ulysse Chaffin, scénographie et costumes Marie Hervé, lumières Héléna Castelli, création sonore Ulysse Chaffin ; chorégraphie Charlotte Avias. Du 23 septembre au 17 octobre 2026, mardi à 19h, du mercredi au vendredi à 20h, samedi à 17h30, au Petit Théâtre de La Colline - Théâtre National - www.colline.fr
Crédit photo : Tuong Vi-Nguyen.



