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Critiques / Festival

Nous sommes un poème de Stanislas Roquette

par Corinne Denailles

Invitation au voyage

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Revendiquer le principe du récital poétique ne va pas de soi, c’est un exercice à haut risque. Quand on dit « récital poétique » on devine la petite moue de l’interlocuteur qui dit : « ah non, pouah, pas de poésie ! » ou bien « que cela doit être barbant », ou encore « ce n’est pas pour moi, trop compliqué ! », ou alors « encore un de ces spectacles confidentiels et éthérés pour cénacle averti »…
Il faut donc beaucoup de courage et de conviction pour se lancer dans l’aventure avec l’idée de rendre sa place à la poésie qui souffre, aujourd’hui plus qu’hier, d’un ostracisme caractérisé.
C’est d’abord le petit essai du poète Jean-Pierre Simeon, intitulé La Poésie sauvera le monde, qui a suscité chez Stanislas Roquette l’envie de le prendre au mot. En effet quelle belle idée, parfaitement argumentée par l’auteur en des termes d’une évidence aussi pure qu’un vers de Racine : « Penser poétiquement l’avenir, ce n’est pas le rêver délicat et couronné de fleurs, c’est le vouloir accordé à la perpétuelle insurrection de la conscience qui seule prévient l’humanité de se dévorer elle-même ».
Stanislas Roquette s’est emparé de l’idée, lui faisant faire un léger pas de côté : ce n’est pas la poésie en tant que telle qui peut changer le monde, pas de naïveté, mais elle peut me changer moi, et partant, changer mon regard sur le monde, qui s’en trouvera forcément transformé à un degré ou un autre. Cela induit que la poésie est ductile, pour peu qu’on parvienne à la déshabiller, à lui ôter les oripeaux des préjugés qui la défigurent, pour la rendre à sa nudité originelle. La poésie est infiniment généreuse car elle attend de son lecteur qu’il lui donne vie, voix, qu’il crée les images suscitées par les mots, qu’il fasse naître sa musique. Pas plus collaboratif que la lecture ou l’audition d’un poème.
Stanislas Roquette n’est pas à son coup d’essai. Il avait empoigné Ode maritime de Fernando Pessao pour nous offrir un voyage halluciné et mémorable (2018).
Ici l’intention est différente. Il s’agit de contribuer à la transmission de trésors le plus souvent ignorés et qui pourtant sont autant de baumes au cœur. Le comédien effeuille un bouquet de poèmes bien choisis, loin de nos vieux recueils de « poésies choisies ». Certains, bien connus, pour apprivoiser le spectateur rétif (Hugo, Apollinaire, Tardieu, Rimbaud, Baudelaire), d’autres plus confidentiels et non moins magnifiques tels que Christophe Tarkos ou Henri Pichette ou encore l’immense Philippe Jaccottet, peut-être le plus grand de tous. Et parce que la poésie populaire se niche souvent dans les chansons, le comédien chante les Têtes raides et Loïc Antoine (à découvrir d’urgence).
Jouant joliment de son regard intense et noir, Stanislas Roquette, la silhouette juvénile, le corps perpétuellement en jeu, même immobile, n’a pas son pareil pour capturer l’attention du public qu’il ne lâche plus. Il est accompagné par Gilles Geenen (à la guitare, au violon et à la voix). Les deux entretiennent une complicité qui assure dynamisme et légèreté à ce spectacle qui déjoue tous les pièges du récital de papa.
Des invités sont parfois conviés, comme à Avignon, des jeunes gens du lycée Frédéric Mistral ; dans la cour de la Collection Lambert, les mots rebondissent de l’un à l’autre et c’est plaisir de sentir l’engagement de tous.
Vous avez dit « barbant la poésie » ? On en reparlera à la sortie du spectacle. Rappelez-vous : « Nous sommes un poème ».

Nous sommes un poème, conception Stanislas Roquette, interprétation Stanislas Roquette et Gilles Geenen (guitare et violon). Avignon, du 8 au 12 juillet 2021, Collection Lambert, 19h.

© Nil Bosca
Prochaines dates de représentation :
La Comédie de Picardie du 21 mars au 3 avril 2022,
Théâtre de Suresnes Jean Vilar le 17 mai 2022.

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