Du 31 octobre au 22 novembre, du mardi au samedi 20h, dimanche 16h, Théâtre de la Tempête, Cartoucherie, route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris. Tél :01 43 28 36 36, www.la-tempete.fr
Nos Corps désirants, conception et mise en scène Elise Chatauret, conception et dramaturgie Thomas Pondevie.
Les Vénus en question.

Six corps s’extirpent d’un oculus en fond de scène puis se lancent dans une chorégraphie qui semble improvisée et maladroite. Ils deviennent Adam et Eve chassés du Paradis, coupables d’avoir goûté au fruit défendu. Des corps de tous les âges, bondissants ou sautillants, raides ou sveltes, musclés ou nerveux, vêtus d’un collant chair, de la tête aux pieds. Le ton est donné, un goût douteux dans l’habillement mais qui permet d’accepter sa différence, de libérer la pudeur.
Rengaine d’Alain Souchon « Foules sentimentales… », contrepoint des reproductions iconiques de l’histoire de la peintures sur de grands rouleaux tombant des cintres, prétexte au jeu des corps en goguette. Ces toiles célèbres saturent l’espace, essentiellement des nus féminins, Déjeuner sur l’herbe de Manet, Odalisques d’Ingres ou de Matisse, Vénus innombrables du Cinquecento, languides ou surprises par une irruption divine, chairs opulentes de Rubens. Les six comédiens performers miment puis jouent des scènes fondatrices de l’imaginaire occidental où la femme est constamment offerte au désir masculin. Avec humour et distance, fumigènes et carton-pâte, Daphné, Danaé, Proserpine ou Léda sont abusées par des dieux lubriques.
Johnny Hallyday au comble du désir avec le torride « Que je t’aime, que je t’aime » ou Michel Polnareff à celui du désespoir avec l’implorant « Love me please love me » accompagnent ces bacchanales non partagées. C’est drôle parfois, insistant et répétitif, et donc un peu lassant malgré la fausse candeur et la vélocité roborative des acteurs qui semblent découvrir ingénument ces jeux interdits en veux-tu, en voilà ! La Vénus de Botticelli se prélasse dans sa coquille tandis que, sein et phallus géants, cavité buccale bien ouverte, rappellent des poncifs de la contre-culture, années soixante-dix.
Elise Chatauret a conçu le spectacle sur la question « Comment rendre le désir de nouveau désirable » après Me Too, les violences dénoncées de prédateurs sexuels adulés des médias, le calvaire de Gisèle Pélicot…
Suzanne et les vieillards, la Bible toujours, que Picasso, tout un symbole, reprit à son compte, pourrait résumer cette création enjouée mais avec une belle fin puisque chacun des comédiens partage pour terminer ses vrais désirs .. l’un met une robe bouffante, une autre un short de boxeuse, une troisième chante, paraphrasant William Sheller « Je veux être une femme heureuse » : la tendresse en étendard.
Un spectacle burlesque, quelque peu inégal, mais optimiste sur un basculement sociétal encore en devenir qui a le mérite de démonter un conditionnement sexuel pluri-millénaire. Et qui s’adresse à tous avec un louable souci de vivre ensemble en respectant les désirs de chacun.
Nos Corps désirants, conception et mise en scène Elise Chatauret, conception et dramaturgie Thomas Pondevie, collaboration artistique et écriture chorégraphique Sylvain Huc, scénographie Charles Chauvet, son Jérôme Castel, lumières Léa Maris, costumes Noé Quilichini, avec Justine Bachelet, François Clavier, Mamadou Judy Diallo, Solenne Kéravis, Juliette Plumecocq-Mech, Charles Zévaco. Du 31 octobre au 22 novembre, du mardi au samedi 20h, dimanche 16h, Théâtre de la Tempête, Cartoucherie, route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris. Tél :01 43 28 36 36, www.la-tempete.fr
Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.



