Ivry, TQI, théâtre Antoine Vitez jusqu’au 29 janvier 2012

Norma Jean de John Arnold, adapté de Joyce Carol Oates

Miss golden dreams

Norma Jean de John Arnold, adapté de Joyce Carol Oates

On sait tout ou presque sur l’histoire de Marilyn, l’incarnation du rêve américain, la femme d’Arthur Miller, la supposée maîtresse de J. F. Kennedy, la star qui a brillé au firmament d’Hollywood où elle est allée comme on se jette dans la gueule du loup. Le spectacle mis en scène par John Arnold ne nous apprend rien de plus et ce n’est pas son propos. A travers le destin cabossé de la blonde irrésistible de Certains l’aiment chaud, c’est l’Amérique d’Hollywood, la fabrique de rêves, et des années Mac Carthy qui se dessine en creux. La mise en scène musclée et rythmée, proche parfois de la caricature de John Arnold est à l’image de cette machine de guerre qui a broyé la fragile Norma Jean Baker, qui resta une enfant en quête d’affection toute sa vie (elle appelle ses amants « papa ») et qui, comme dans les contes les plus cruels, s’est battue jusqu’à la mort contre des forces cyniques qui la dépassaient. La mise en scène joue de ce contraste. Les personnages tiennent des archétypes du conte peuplé d’ogres et de vilaines sorcières sur fond de cinémascope.

La scénographie d’Aurélie Thomas se déploie à partir d’un espace vide qui porte l’empreinte de la mort de Marilyn sur laquelle débute la pièce (ici la thèse du meurtre est clairement affirmée). Ça va très vite et rarement dans la nuance, c’est efficace mais trop long (le roman fleuve de Joyce Carol Oates n’incite pas à la concision) malgré le talent incontestable des acteurs qui interprètent tous plusieurs rôles ; c’est d’ailleurs un des plaisirs du spectacle que cette troupe de treize acteurs sur scène. John Arnold interprète l’insupportable Darryl Zanuck qui contribuera à faire de Norma Jean Baker Marylin Monroe. Evelyne Fagnen et Maryse Poulhe (irrésistible de cynisme tranquille dans le rôle de Tante Elsie) campent un couple de « fées » envisonnées de la pire espèce, proche cousine de la méchante Cruella. Citons aussi la troublante et longiligne Aurélia Arto. Fabienne Périneau est émouvante dans le rôle de Gladys, la mère détraquée.

La toute jeune Marion Malenfant, qui n’est pas sans évoquer Vanessa Paradis, prête sa blondeur et son teint diaphane à l’icône américaine et s’en sort plus que bien, mieux dans les scènes d’enfance que dans l’époque Hollywood où l’on attendrait d’elle plus de sex-appeal et de blessures apparentes. La comédienne reste Norma Jean sous le masque de Marlyn, une enfant fragile jusqu’à la fin, ce qui n’est pas si faux, finalement.

Norma Jean de John Arnold, d’après le roman Blonde de Joyce Carol Oates. Mise en scène : John Arnold. Scénographie et costumes : Aurélie Thomas. Lumières : Olivier Oudiou. Création sonore : Marc Bretonnière. Avec : Aurélia Arto, Philippe Bérodot, Bruno Boulzaguet, Jean-Claude Bourbault, Samuel Churin, Évelyne Fagnen, Antoine Formica, Jocelyn Lagarrigue, Marion Malenfant, Olivier Peigné, Fabienne Périneau, Maryse Poulhe, John Arnold. Au théâtre des quartiers d’Ivry (théâtre Antoine Vitez) jusqu’au 29 janvier 2012, mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20h, jeudi à 19h, dimanche à 16h. 01 43 90 11 11. Durée : 3 heures.
www.theatre-quartiers-ivry.com

© Bellamy

Tournée
3 février, La Piscine, Chatenay Malabry
9 mars, Clamart, Centre culturel Jean Arp,
13 mars, Mortagne au Perche, Scène nationale d’Alençon-Flers
1er avril, Suresne, théâtre Jean Vilar
5-6 avril, Théâtre national de Toulouse

A propos de l'auteur
Corinne Denailles
Corinne Denailles

Professeur de lettres ; a travaille dans le secteur de l’édition pédagogique dans le cadre de l’Education nationale. A collaboré comme critique théâtrale à divers journaux (Politis, Passage, Journal du théâtre, Zurban) et revue (Du théâtre,...

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