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Mademoiselle Julie d’August Strindberg

par Corinne Denailles

Une mise en scène aseptisée

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Qu’est-ce qui nous intéresse aujourd’hui dans l’histoire de ce trio étrange, dans ce drame domestique, cette lutte des classes qui est aussi un combat féministe ? Julie profite de l’absence de son père la nuit de la saint Jean pour séduire le valet, promis à la cuisinière Christine, pétrie de religion et engoncée dans ses principes moraux. Julie, brave le quand dira-t-on, aiguillon supplémentaire à sa folie, et se brûle les ailes à vouloir aller trop loin. Jean et elle ne peuvent pas se comprendre. Elle est une pauvre petite fille riche qui tente de secouer les chaines de sa prison dorée mais elle est aussi une femme étouffée par une histoire familiale et une éducation insupportables. Freud n’est pas loin qui prête ses analyses psychanalytiques aux comportements hystériques de Julie. Jean lui est le type même de l’homme du peuple ambitieux qui cherche à s’arracher à sa condition sans s’embarrasser de considérations morales. L’espace d’une nuit folle de carnaval populaire, il va croire que son destin peut enfin s’accomplir.

Un parti pris pas toujours lisible

Pour Strindberg la pièce est un drame naturaliste. On peut prendre ses distances par rapport à ce registre ; certains y sont parvenus, comme récemment Christian Schiaretti. Fisbach n’y parvient que partiellement. Le point de vue esthétique qui guigne du côté du cinéma paraît bien sophistiqué et sans âme ; la transposition de la fête de la saint Jean en une soirée branchée où se tortillent sans grâce des danseurs blasés dans un espace immaculé laisse perplexe. Au début, Julie, Jean et Christine dialoguent à l’intérieur d’une boîte de verre et bizarrement quand la porte s’ouvre sur le public on les entend moins bien. Juliette Binoche semble par moments perdre de vue son personnage, l’ambiguïté de ses sentiments et on ne perçoit pas la force tragique qui l’anime. La Christine de Bénédicte Cerutti manque de nuances, à l’image de l’ensemble du spectacle. Même Nicolas Bouchaud dont le jeu un peu décalé intrigue ne trouve pas son second souffle. Néanmoins le spectacle ne manque pas de qualités et il est probable qu’il trouvera pour les reprises la fluidité et la profondeur qui lui font défaut.

Mademoiselle Julie de August Strindberg ; traduction Terje Sinding ; mise en scène Frédéric Fisbach ; scénographie, lumière et costume, Laurent P.Berger ; Dramaturgie Benoît Résillot. Avec Juliette Binoche, Nicolas Bouchaud, Bénédicte Cerutti. Et Soumette Ahmed Said Ali, Cora Badey, Fatah Boudia, Alizée Buisson, Patrick de Michèle, Samir Dououio, Mathilde Dromard, Jérémie Franger, Liliane Lepine, Pierre Le Scanff, Maximin Marchand, Carlotta Moraru, Gwendoline Raffin, Benoît Résillot, Anne-Laure Sanchezn Fabien Saye. Durée du spectacle : 1h50.

Film de Nicolas Klotz diffusé sur France 2.

Tournée :
17-20 avril 2012, Reims, Comédie de Reims
26-28 avril 2012, Lorient, CDDB-Théâtre de Lorient
4-5 mai 2012, Luxembourg, Théâtre de la ville
11-12 mai 2012, Toulon, Théâtre de la liberté
18mai-24 juin 2012, Paris, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe
20-29 septembre 2012, Londres, Barbican

Mademoiselle Julie fait l’objet d’une pièce (dé)montée, dossier réalisé par le Centre régional de documentation pédagogique de Paris, disponible sur les sites internet du festival d’Avignon et du CRDP de Paris.
www.festival-avignon.com
www.crdp-paris.fr

Photo Christophe Raynaud De Lage

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