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Critiques / Théâtre

Les 39 marches de John Buchan et Alfred Hitchcock

par Corinne Denailles

Performance burlesque

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Eric Métayer renouvelle la performance étonnante d’Un monde fou où il jouait une trentaine de personnages à lui tout seul, mais cette fois en s’entourant de trois comédiens doués d’un peps à toutes épreuves (Jean-Philippe Beche, Andréa Bescond, Christophe Laubion). Ces aventures théâtrales ressemblent à des paris fous que Métayer relève avec une énergie, une imagination et un savoir-faire époustouflants. On connaît, le film d’Hitchcock Les 39 marches (1935), une de ses meilleures réussites, d’après le roman d’espionnage de John Buchan (1915), lui-même un temps agent secret britannique, et adapté pour la scène par l’Anglais Patrick Barlow que Gérald Silbeyras a traduit. Une histoire rocambolesque, haletante, à l’humour très british d’un complot déjoué par un pauvre hère qui se lance dans une course poursuite délirante pour démanteler un réseau d’espionnage allemand qui transmet des secrets d’état par l’intermédiaire de l’innocent Mister Memory, un phénomène qui fait son numéro dans un théâtre, et met le monde en danger. Métayer met en scène la succession de tableaux qui fait avancer l’action – le théâtre où aura lieu à la fin le coup de théâtre, la rencontre avec une femme fatale, son salon, le meurtre, la cavale dans la lande écossaise, l’étape dans un Bed and Breakfast infréquentable, la maison sinistre de l’espion à la phalange coupée et au turban violet, un hôtel décalé, et retour au salon pour le happy end – mais il traite cet enchaînement classique sur le mode Hellzapoppin, à savoir un gag par seconde. Les comédiens jouent tous les personnages mais aussi les accessoires et le décor. Métayer invite sur le plateau, voiture, avions (dans une poursuite qui n’est pas sans rappeler La Mort aux trousses), monstre du Loch’ness, troupeau de moutons, etc. dans une loufoquerie qui file à cent à l’heure sur les chemins de l’imaginaire. On se régale des mille trouvailles, souvent visuelles (les ombres chinoises sont un régal). Métayer a un sens du burlesque nourri des plus grands des Marx Brothers à Harold Lloyd. Les acteurs sont tous épatants. Il joue lui-même 70 personnages (flic, espion, paysan, buisson, etc.) Andréa Bescond est la sombre espionne allemande, la femme, aux couettes rousses, du paysan écossais, la blonde chic et un peu niaise rencontrée dans un train qui, au terme de mille péripéties, épousera le héros après l’avoir dénoncé à la police. Jean-Philippe Beche est, entre autres, monsieur Memory, la femme géante de l’espion dangereux, celle de l’hôtelier provençal ; Christophe Laubion interprète le héros qui court tout le temps, silhouette à la Clark Gable avec la voix d’un cousin de la doublure de Colombo. Grand style. Au-delà de la performance d’acteurs, tout est réglé au cordeau, d’une précision d’horloger, à la seconde près, et si un esprit un peu chagrin tenait à émettre une réserve ce serait à propos de la longueur du spectacle, l’intensité de tout feu d’artifice étant inversement proportionnelle à sa durée. Un spectacle absolument réjouissant.

Les 39 marches d’après John Buchan et Alfred Hitchcock, adaptation Patrick Barlow, traduction Gerald Silbeyras, avec Eric Métayer, Jean-Philippe Beche Andréa Bescond, Christophe Laubion. Au théâtre La Bruyère du mardi au samedi à 21h. samedi 15h30, dimanche 16h. 01 48 74 76 99. Durée : 2 heures.

Photo Lot

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1 Message

  • Spectacle délirant et réjouissant 14 février 2016 09:49, par EGNER

    Spectacle délirant et réjouissant.
    On est dans la lignée des Marx Brothers, Monthy Python, et de cet humour anglais totalement décalé et « non-sens ».
    Ça part dans tous les sens mais de manière très structurée et organisée, si bien qu’on retombe quand même sur « ses pattes ».
    Spectacle super rodé avec juste un petit sentiment d’usure et de manque de « fraîcheur » et de spontanéité chez les comédiens. Peut-être trop de représentations.
    Très bon moment malgré tout.

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