Du 24 septembre au 8 novembre 2026, du mercredi au dimanche à 18h30, au Studio-Théâtre de la Comédie-Française.

Le Legs de Marivaux, mise en scène Aurélien Hamard-Padis, avec la troupe de la Comédie-Française.

Variation sur le marivaudage et le pouvoir du langage.

Le Legs de Marivaux, mise en scène Aurélien Hamard-Padis, avec la troupe de la Comédie-Française.

Depuis six semaines, le sort d’Hortense est suspendu à la décision du Marquis qui, d’après le testament d’un parent décédé, doit l’épouser pour toucher un legs de six millions. S’il ne souhaite pas ce mariage, il devra lui verser deux millions en compensation. Mais si c’est Hortense qui, amoureuse du Chevalier, s’oppose à l’union avec le Marquis, ce dernier n’est plus tenu de la dédommager… Hortense veut imposer son droit : épouser celui qu’elle a choisi, et toucher la part qui lui revient. Or, tout se gâte quand elle pousse le Marquis à l’épouser dans l’espoir qu’il refuse…Circonvolutions du coeur et de l’esprit, calculs d’intérêt et passion d’amour.

Le Legs (1736) de Marivaux serait comme une parodie du marivaudage - « M’aimes-tu ? » - , un testament obligeant le Marquis à épouser Hortense s’il veut toucher un héritage. Et réciproquement. Mais l’un et l’autre sont épris ailleurs : Hortense est éprise du Chevalier, et la Comtesse du Marquis… On ajoutera à ces couples implicites bien-nés, celui de Lisette, la suivante de la Comtesse, et de Lépine, le valet de chambre du Marquis. Comment éviter le mariage sans perdre le legs ? Osera-t-on dévoiler ses sentiments ? Soit l’amour, l’argent et les faux semblants d’une comédie qu’Aurélien Hamard-Padis crée avec brio.

Telle est cette petite pièce - une variation malicieuse sur les pouvoirs du langage. Pour le pauvre Marquis, les mots sont des sables mouvants : « Parlez, Marquis, tout ira bien… » Et la conversation dévie sur l’air de la campagne et l’air de la ville, la pluie et le beau temps. La Comtesse finit par le rappeler à son sujet : « C’est moi que vous aimez… » Hélas, c’est peine perdue : « Et bien, oui, quand ce serait vous, il n’est pas nécessaire de se fâcher (…) Calmez-vous ; prenez que je n’aie rien dit… ». Pour que tout s’arrange, il faudra que la bonne Comtesse fasse elle-même les demandes et les réponses avant un dénouement providentiel. (Marivaux, un humanisme expérimental, Henri Coulet et Michel Gilot, Larousse Université)

La comtesse éduque le Marquis : « Apprenez donc, que quand on dit aux gens qu’on les aime, il faut du moins leur demander ce qu’ils en pensent ».

Dans cette pièce, les trois femmes tentent d’utiliser l’ascendant qu’elles ont sur leur amoureux pour trouver un équilibre, et se faire justice. Les hommes, eux, ont intérêt au statu quo. Ils ont des privilèges, l’action patine à cause de leur inertie. Seul Lépine, le valet du Marquis, souhaite que les choses bougent, éclairé et amoureux de Lisette. Les domestiques ne sont pas logés à la même enseigne que les maîtres dans ces jeux de pouvoir, et il leur faut redoubler d’habileté pour survivre, selon le propos du metteur en scène.

Espoirs, aigreur et frustration, chacun doit mettre à bas son masque et outrepasser ses blessures, ne jouant plus sur l’art de dire ou de ne pas dire en des arabesques verbales improbables car l’arme des mots se retourne toujours contre celui ou celle qui, dans l’emportement de l’émotion, n’en use pas pour faire triompher un sentiment profond ni considérer autrui davantage.

Un petit joyau théâtral pour les acteurs de la Troupe de la Comédie-Française qui jouent leur partition à merveille : le rêveur Nicolas Chupin en Marquis au sentiment incertain est juste, doublé d’une auréole comique quand il est régulièrement pris de malaise face à des émotions trop fortes. Lépine, son valet - Baptiste Chabauty - se fait fort d’une agilité dans le mouvement et le raisonnement qui séduit le public, et aussi, en premier lieu, la rétive Lisette - Jennifer Decker -, belle méfiante dubitative qui ménage un quant-à-soi sûr et subtil. Alexis Joly en Chevalier attaché à son rang, est convaincant, amoureux d’une Hortense décidée, active et libre - Claire de La Rüe du Can.

Esprit pétillant, jeux de mots et émotions vraies, un joli moment marivaldien.

Le Legs de Marivaux, mise en scène Aurélien Hamard-Padis, avec la troupe de la Comédie-Française, Julie Sicard, Jennifer Decker,
 Claire de La Rüe du Can, Nicolas Chupin, Baptiste Chabauty, Alexis Joly. Scénographie Salma Bordes Costumes Claire Fayel, Lumières Nieves Salzmann, son Antoine Richard. Du 24 septembre au 8 novembre 2026, du mercredi au dimanche à 18h30, au Studio-Théâtre de la Comédie-Française, Galerie du Carrousel du Louvre, 99 rue de Rivoli 75001-Paris. comedie-francaise.fr

Crédit photo : Vincent Pontet, coll. Comédie-Française.

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Véronique Hotte

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